Absolute Software post-mortem

Publié le 5 mars 2011 par Philippe Rancourt
Catégories: Absolute Software

Les lecteurs de longue date se rappellent peut-être de la société Absolute Software (ABT – TSX). Pendant longtemps, ce titre fut l’un de mes favoris et l’objet de nombreux articles sur ce blogue. Le courriel récent d’un lecteur me demandant mon opinion sur la situation actuelle de la firme de Vancouver m’a fait réaliser que l’heure du ”blogue post-mortem” avait sonné. Car, je dois l’admettre, ce titre fut pour moi un échec total sur le plan boursier…

Absolute Software vend un système de repérage pour ordinateurs portables (laptop). Le principe est le même que les systèmes de repérage de voitures et vise à protéger votre laptop contre le vol. La société a connu un succès remarquable de 2006 à 2008 grâce à des ententes de distribution avec de grandes compagnies comme Dell, Norton et McAfee. Le titre décupla en Bourse passant de 2$ à près de 20$.

C’est à ce moment qu’un génial blogueur décida d’acheter le titre, croyant qu’il avait entre les mains une société au potentiel formidable (le prochain Research In Motion en quelque sorte). Après tout, la société offrait une solution unique dans le domaine florissant de la protection des données personnelles. Mal lui en prit, la forte croissance d’Absolute Software n’a pas seulement ralenti après 2008; elle s’est complètement évaporée ! Le prix de l’action fut aussi partie prenante du processus d’évaporation; il végète maintenant sous les 4$.

Fin 2010, les ventes sont toujours au même niveau qu’en 2007. Et ce, en dépit du fait que la société ait plus que doublé son équipe de vente. L’augmentation des dépenses en salaires combinées à la stagnation des revenus à fortement diminué les free cash flows générés par l’entreprise. Selon moi, leur technologie ne se vend tout simplement plus… La solution d’Absolute a été conçue pour une époque ou les laptops coutaient 2000$ et contenaient toutes les données personnelles de leurs utilisateurs. Cette époque est révolue et l’informatique progresse maintenant rapidement vers les smartphones, les tablettes à 500$ et les données résidant sur des serveurs (cloud computing).

Côté concurrence, Intel a acquis McAfee et compte intégrer des fonctions de sécurité semblables à celles proposées par Absolute directement dans ses processeurs. Avoir Intel comme concurrent est probablement le pire cauchemar de n’importe quelle société techno ! Il n’est donc pas surprenant qu’Absolute tente maintenant de se diversifier dans la gestion de parc informatique. Par contre, la concurrence dans ce secteur est aussi très féroce et les chances de succès d’Absolute comme nouvel arrivant m’apparaissent assez minces.

Ma pire erreur avec ce titre fut d’avoir ignoré les signaux reliés aux problèmes de croissance de la société (présent dès 2008) alors que ma décision d’y investir reposait essentiellement sur un scénario de très forte croissance des revenus. La récession de 2008-2010 est venue embrouiller les cartes, car elle était un bouc-émissaire facile pour expliquer les mauvais résultats et masquait les problèmes internes réels de la société. Morale de l’histoire : payer une forte prime pour des scénarios de croissance hypothétiques est un jeu dangereux. L’équation risque/rendement est beaucoup plus favorable lorsque le potentiel de croissance de l’entreprise n’est pas encore reconnu par le marché.

Visite guidée

Publié le 16 février 2011 par Philippe Rancourt
Catégories: Scepticisme

Dans mon dernier blogue, j’avais promis de présenter une petite société chinoise qui pourrait ne pas être une fraude. Eh bien, j’ai complètement changé d’idée à son sujet ! Des recherches plus approfondies me font maintenant croire que le risque de fraude est très élevé et qu’il serait irresponsable que je la présente sur ce blogue sous une lumière positive.

De plus, Rick Pearson, l’investisseur américain que je croyais capable de séparer le bon grain de l’ivraie s’est révélé être un “promoteur” de titres douteux dénué de tout scrupule. Le vidéo ci-dessous nous donne un exemple de son travail avec la papetière chinoise Orient Paper. Ce titre, durement attaqué par les vendeurs à découvert, a atteint une capitalisation boursière de 200 millions US au sommet de sa gloire.

Dans ce vidéo, Pearson visite l’usine tout en faisant un commentaire ultrapositif sur ses perspectives financières en voix off. C’est carrément loufoque, car on y remarque très bien la désuétude des machines, le désordre de l’usine, les madames qui font semblant de “brasser” du papier sur des tables, le papier recyclé que l’usine transforme (supposément) entreposé à l’extérieur ( et donc exposé aux intempéries), et j’en passe…

Je ne suis pas un expert en pâtes et papiers, mais il me semble invraisemblable qu’une telle usine puisse avoir une grande valeur. À titre de comparaison, voici un vidéo décrivant une usine de la société Stora Enso en Belgique :

Le plus incroyable, c’est que Pearson a réalisé son vidéo pour le compte du site The Street.com. Un site financier  jouissant d’une certaine crédibilité aux États-Unis. Mon opinion sur le sujet est maintenant radicale : mieux vaut ne pas toucher aux petites capitalisations chinoises sous aucun prétexte !

Devant la multiplication des allégations de fraude, il est fort possible que les autorités boursières américaines interrompent la négociation de plusieurs de ces titres pour une durée indéterminée. C’est un risque considérable auquel s’expose les amateurs de petites capitalisations chinoises. On peut aussi se poser la question suivante : si la compagnie est aussi exceptionnelle qu’elle le prétend, pourquoi a-t-elle choisie le chemin tortueux de la prise de contrôle inversée plutôt que de simplement s’inscrire “à la régulière” sur une bourse chinoise ?

Le rapport dévastateur de Muddy Water Research sur Orient Paper

Ombres chinoises

Publié le 13 février 2011 par Philippe Rancourt
Catégories: Scepticisme

Un grand débat fait rage actuellement autour des petites capitalisations chinoises inscrites sur les bourses américaines. D’un côté, plusieurs vendeurs à découvert (short-sellers) les dénoncent comme étant massivement frauduleuses. De l’autre, de nombreux investisseurs continuent de croire au potentiel de croissance exceptionnel de ces petites sociétés dans l’immense marché chinois. Les amateurs de petites capitalisations sont déchirés entre la peur de manquer une formidable occasion d’investissement et celle de perdre beaucoup d’argent en misant sur des sociétés bidon. Qui faut-il croire ? Vaut-il la peine de s’intéresser à ce secteur ? Tentons d’y voir plus clair…

Tout d’abord, il faut savoir que la controverse ne touche pas l’ensemble des sociétés chinoises, mais seulement celles qui ont accédé aux bourses américaines par le biais d’une prise de contrôle inversée (reverse take-over). Voici comment la manoeuvre fonctionne :

1. La société chinoise achète une société américaine inactive, mais inscrite sur une bourse (généralement une bourse de second ordre comme l’AMEX)

2. La compagnie est renommée avec un nom “sexy” contenant habituellement le mot “China”

3. La compagnie se bâtit une crédibilité sur le marché américain et accède à une bourse de premier ordre (généralement le NASDAQ)

4. La société “vend” son histoire à une banque d’investissement, ses analystes en font la promotion et le titre explose à la hausse…

L’avantage d’une telle opération est qu’elle est rapide (moins de trois mois), peu couteuse (moins de 1 million en frais), et permet d’éviter les exigences réglementaires liées à un premier appel public à l’épargne (IPO). Il faut donc comprendre que les petites sociétés chinoises qui accèdent au NASDAQ par ce chemin sont celles qui ne satisfont pas les critères d’inscription des bourses chinoises de Shanghai et Shenzhen. Il n’est donc pas étonnant d’y retrouver un nombre élevé d’entreprises douteuses.

Il est extrêmement difficile pour un investisseur occidental de suivre les activités d’une société opérant uniquement en Chine. Il lui faut avoir une confiance aveugle dans la documentation anglaise publiée par la société. Certains investisseurs américains ont réussi à débusquer des fraudes en découvrant un écart important entre les bilans financiers soumis à la SEC américaine et ceux soumis à la SAIC chinoise (l’équivalent chinois de la SEC). Les chiffres soumis à la SAIC par certaines sociétés chinoises étaient beaucoup plus modestes que ceux soumis à la SEC pour une même année !

Devant une telle situation, l’investisseur raisonnable et prudent devrait passer son tour. Le niveau de risque est simplement trop grand. Néanmoins, plusieurs investisseurs tentent de départager le bon grain de l’ivraie en matière de petites capitalisations chinoises. Je vous en présente un ainsi qu’une société qui pourrait ne pas être une fraude dans un prochain blogue.

À suivre…

Source : You Will Regret This Investment, Bloomberg Businessweek, Semaine du 17-23 janvier 2011

L’argent fait le bonheur

Publié le 19 janvier 2011 par Philippe Rancourt
Catégories: Réflexions

L’argent fait-il le bonheur ? Oui.

J’admets qu’il s’agit d’une réponse volontairement provocatrice et dénuée de rectitude politique. Ma réponse plus nuancée à cette question serait plutôt : avoir un rapport sain avec l’argent peut contribuer significativement au bonheur personnel d’un individu. Mais qu’est-ce qu’un rapport sain à l’argent ? Selon moi, on peut diviser les individus en trois groupes en fonction de leur rapport à l’argent : les dépensiers, les avares et les équilibrés. L’appartenance à l’un de ces groupes dépend davantage de nos valeurs personnelles et de nos attributs psychologiques que de notre éducation financière.

Voici mes définitions bien personnelles de ces groupes :

Les dépensiers

Gens vivant au-dessus de leurs moyens. Endettés jusqu’au cou. Ces individus se valorisent par la consommation. Le problème n’est pas nécessairement qu’ils ignorent le taux d’intérêt de leurs cartes de crédit ou les vertus de l’épargne. C’est plutôt que leur matérialisme ostentatoire (c.-à-d. auto de luxe, grosse maison, etc.) les valorise davantage que des finances personnelles bien en ordre. Ils consomment pour combler un vide existentiel ou pour se donner l’illusion qu’ils appartiennent à une classe sociale supérieure. Je consomme donc je suis.

Les avares

Champions mondiaux de l’épargne. Gens vivant nettement sous leurs moyens. Ils se valorisent principalement par l’accumulation du plus gros compte de banque possible. Ils sont prêts à faire subir des privations indues à leur entourage pour atteindre cet objectif (voir la biographie Warren E. Buffett pour des exemples). Faire une dépense non essentielle leur cause une douleur psychologique. Quoi qu’ils en disent, l’action d’épargner est moins une habitude saine qu’une façon pour eux d’éviter la douleur psychique liée à une dépense. Ils n’ont évidemment aucun problème… d’argent. Ils ont par contre l’un des plus vilains défauts de la nature humaine : l’avarice.

Les équilibrés

Ces gens appliquent la célèbre maxime de Socrate : “Connais-toi, toi-même”. Fort de cette connaissance, ils se valorisent par l’expression de leur créativité personnelle à travers des projets centrés sur leurs goûts et intérêts. Ils ne sont pas à la poursuite d’un modèle de réussite stéréotypé (devenir millionnaire, être célèbre, avoir une grosse maison, etc.) . Ils vivent à l’intérieur de leurs moyens par la force des choses, car la consommation à outrance est sans but pour eux. L’argent est un outil pour réaliser leurs projets et non une fin en soi.

En conclusion, je crois que notre rapport à l’argent est essentiellement conditionné par notre personnalité et nos motivations psychologiques profondes. C’est pourquoi les discours vertueux et angéliques sur l’épargne qu’on entend dans les médias demeurent la plupart du temps sans effet. Changer son rapport à l’argent signifie avant tout changer comme individu. C’est l’oeuvre de toute une vie.

L’année 2010 du blogue en questions…

Publié le 19 décembre 2010 par Philippe Rancourt
Catégories: Tests sur la Bourse

Avec l’année qui s’achève, j’ai pensé vous concocter un petit jeu-questionnaire portant sur les articles publiés sur ce blogue en 2010 :

Cliquez ici pour accéder au jeu-questionnaire sur l’année 2010

J’ai aussi créé une application facebook comprenant une variété de jeux-questionnaires sur la culture générale. Vous pouvez entre autres y retrouver mes tests sur la Bourse :

Cliquez ici pour accéder à mon application facebook

Joyeuses fêtes !

Philippe

Berkshire Hathaway, la pire erreur de Warren Buffett

Publié le 8 décembre 2010 par Philippe Rancourt
Catégories: Histoire du capitalisme, Warren Buffett

Nous sommes en 1962. Warren Buffett se fait présenter une idée d’investissement par son ami Dan Cowin. Celui-ci a découvert un fabricant de textiles de New Bedford au Massachusetts qui se vend en Bourse à un fort escompte par rapport à sa valeur intrinsèque. Le titre de Berkshire Hathaway se négocie aux alentours de 7,50$ alors que sa valeur intrinsèque est près de 20$. Buffett aime l’idée et commence à accumuler des actions.

Berkshire Hathaway est une entreprise en déclin qui vient de connaître neuf années consécutives de pertes. Elle est dirigée par Seabury Stanton, un homme aristocratique qui se croit investi de la mission de sauver l’industrie du textile en Nouvelle-Angleterre. Stanton utilise une partie des cash flows de l’entreprise pour effectuer des rachats d’actions sur une base régulière. La stratégie de Buffett consiste à accumuler des actions dans le but de les revendre à un prix plus élevé à Stanton lors de sa prochaine opération de rachat.

Stanton devient très inquiet suite aux achats de Buffett et croit qu’une tentative de prise de contrôle de sa société est imminente. Il rencontre personnellement Buffett pour s’enquérir de ses intentions. Celui-ci lui mentionne qu’il serait prêt à céder ses actions lors de la prochaine opération de rachat si celle-ci s’effectuait à un prix de 11,50$. Quelques jours plus tard, Berkshire Hathaway annonce une offre publique de rachat de ses propres actions à 11 3/8 $.

Buffett est absolument furieux ! Il trouve inacceptable que Stanton cherche à lui soutirer 12,5 cents alors qu’il avait une entente verbale avec lui pour un prix de 11,50$. Pourtant, Buffett utilisait lui-même ce type de méthodes lorsqu’il négociait l’achat d’actions de petites sociétés peu transigées sur les pink sheets. Buffett est tellement hors de lui qu’il décide de passer du rôle de vendeur à celui d’acheteur : le gestionnaire d’Omaha veut maintenant prendre le contrôle de Berkshire Hathaway !

Dans l’année qui suivit, Buffett réussit à devenir l’actionnaire majoritaire de la société de New Bedford. Vaincu, Seabury Stanton remit sa démission et Buffett devint président. Il transforma rapidement la société en véhicule pour ses investissements tout en tentant de maintenir en vie les activités de fabrication de textile. Peine perdue, Buffett dut se résoudre à mettre un terme définitif aux opérations textiles de Berkshire Hathaway en 1985.

L’achat de Berkshire Hathaway fut probablement la décision la plus irrationnelle de toute la carrière de Warren Buffett. De son propre aveu, il affirme qu’il se serait mieux porté s’il n’avait jamais entendu parlé de Berkshire Hathaway !

Source: The Snowball, chapitre 27

Buffett 1956-1968 : les années du partnership

Publié le 29 novembre 2010 par Philippe Rancourt
Catégories: Histoire du capitalisme, Warren Buffett

Bien avant l’acquisition de Berkshire Hathaway, Warren Buffett était gestionnaire d’un partnership d’investissement. Les membres du partnership confiaient un certain montant d’argent à Buffett que celui-ci pouvait investir à sa guise. Il n’était même pas tenu de révéler la nature de ses investissements à ses “partenaires”. De nos jours, ce type de structure s’appelle tout bonnement un hedge fund. Buffett publiait une lettre semi-annuelle à ses partenaires pour leur donner un compte rendu des résultats. À l’image des lettres annuelles de Berkshire Hathaway, ces lettres sont un mélange de citations amusantes et de gestion des attentes, mais demeurent assez opaques quant à ses méthodes véritables d’investissement.

Buffett y décris néanmoins les quatre types d’opération d’investissement qu’il effectue pour le partnership :

1. Achat d’actions sous-évaluées pour un acheteur visant à privatiser la compagnie

Il s’agit d’actions nettement sous-évaluées sur la base d’une analyse financière minutieuse. Ces titres sont de petites sociétés ignorées par le marché que ne dédaignerait pas Benjamin Graham. La principale qualité de ces sociétés est donc leur prix d’aubaine. Elles se vendent à un prix inférieur à ce qu’un acheteur voulant privatiser la compagnie serait prêt à payer. Buffett achète ce type d’action, attend qu’un catalyseur fasse rebondir le titre et le revend ensuite à sa “juste valeur”. Si le catalyseur externe ne se présente pas, Buffett a toujours l’option de prendre le contrôle de la société et d’agir lui-même comme catalyseur pour en débloquer la valeur (voir no 4).

2. Achat d’actions sous-évaluées par rapport à des titres comparables

À qualité égale, il s’agit de titres ayant une évaluation boursière faible en comparaison de sociétés du même type. Par exemple, la banque ABC se vend à 14 fois les profits alors que la banque XYZ à un ratio c\b de 9. Ces actions sont des aubaines boursières au sens plus classique du terme. Ce sont aussi des sociétés de plus grande taille que la première catégorie. Un bon exemple de ce type d’opération fut son célèbre achat d’American Express. Buffett profita du “salad oil scandal” pour investir une grande partie du partnership en actions d’American Express à un prix très alléchant. Il fit le pari que le scandale n’affecterait pas de façon durable les opérations d’American Express et les résultats furent fabuleux.

3. Arbitrages (workouts)

Buffett aime beaucoup les opérations d’arbitrage. Il les voit comme une façon relativement sûre de faire de l’argent peu importe la direction générale du marché. Les années 60 sont fertiles en fusion/acquisition dans le domaine pétrolier et Buffett exerce ses talents d’arbitragiste sur bon nombre de ces transactions. Il suit ainsi les traces de son maître à penser Benjamin Graham, qui, à une autre époque, affectionnait les opérations d’arbitrage sur les restructurations de sociétés de chemins de fer.

4. Position de contrôle

Dès les débuts de son partnership, Buffett à l’audace de prendre le contrôle de petites compagnies qu’il juge nettement sous-évaluées en Bourse. Sa première prise de contrôle à lieu en 1958 et concerne la société Sandborn Map. Cette firme possédait un portefeuille d’investissements supérieur à sa valeur boursière et Buffett força le conseil d’administration à le distribuer aux actionnaires. Trente-cinq ans auparavant, Benjamin Graham avait mené une opération semblable avec la société Northern Pipeline.

Le fabricant d’éoliennes Dempster Mills fut sa deuxième prise de contrôle. Il restructura financièrement la société, générant un gros dividende pour les actionnaires, mais devenant au passage l’ennemi public numéro un de la ville… Le fabricant de textiles Berkshire Hathaway fut probablement sa prise de contrôle la plus célèbre. Tout comme Sandborne Map et Dempster Mills, son acquisition fut d’abord une opération de catégorie 1 et se transforma progressivement en position de contrôle.

En conclusion, ce blogue n’est évidemment qu’un résumé partiel des méthodes de Buffett à l’époque de son partnership. L’examen plus en détails de cette période nous révélerait probablement toute la complexité et la sophistication des méthodes du vieux renard d’Omaha. Il est clair que les méthodes 1, 3 et 4 ne sont pas à la portée de la plupart des investisseurs. Buffett à toujours été un financier brillant et sophistiqué à des années-lumière de l’image simpliste “du gars qui fait du buy and hold avec des blue chips” qu’en donne les médias financiers. Si c’était véritablement facile d’investir comme Warren Buffett; nous serions tous déjà milliardaires !

Les lettres de Warren Buffett à ses partenaires (1959-1968)

Hemisphere GPS renverse la vapeur

Publié le 14 novembre 2010 par Philippe Rancourt
Catégories: Hemisphere GPS

Le vent semble avoir tourné pour la petite société Hemisphere GPS (TSX – HEM). À son dernier trimestre, la compagnie de Calgary a vu ses revenus progresser de 46% pour atteindre 13,2 millions. Il s’agit des meilleures ventes de son histoire pour un 3e trimestre. La société à néanmoins perdu presque 2 millions, car le 3e trimestre est un creux saisonnier ou il lui est difficile de faire des profits.

Hemisphere GPS vend des systèmes de guidage GPS à haute précision aux agriculteurs. Avec le fort rebond du prix des céréales, les agriculteurs font beaucoup d’argent et en réinvestisse une partie dans l’équipement. À l’instar des John Deere et Caterpillar, Hemisphere semble donc profiter de la hausse des dépenses pour les équipements agricoles.

Selon moi, Hemisphere GPS cadre parfaitement dans la catégorie des petites capitalisations aux profits déprimés et à l’évaluation boursière basse qui pourraient fortement rebondir dans la prochaine année.  Sa capitalisation boursière n’est que de 58 millions alors que la société a réalisé 73 millions de revenus et 6 millions de profits en 2008 (et l’exercice 2008 incluait le 4e trimestre 2008 qui fut très mauvais en raison de la crise financière).

Le bilan financier est sain avec 8 millions de liquidités et aucune dette. Leur nouveau produit vedette, le eDriveX, semble être très bien reçu dans le marché et connait de bonnes ventes. Quelques initiés (direction et membres du ca) ont acheté des actions cet été aux alentours de 0,70$ (le titre est actuellement à 1,05$). Selon la direction, la valeur comptable de la société est de 1,50$ par action.

Je dois admettre que j’ai vécu une véritable traversée du désert avec ce titre au cours des trois dernières années. Par contre, ma patience pourrait être bientôt récompensée, car les planètes commencent à drôlement bien s’aligner pour Hemisphere GPS. Le secteur agricole à un potentiel explosif et pourrait se voir accorder de haut ratio cours/bénéfices par le marché. Le titre idéal en Bourse est celui qui combine une évaluation basse (à la manière d’un titre valeur) et un fort potentiel de croissance. À son prix actuel, Hemisphere GPS correspond assez bien à cette définition.

Investir à contre-courant au Québec

Publié le 31 octobre 2010 par Philippe Rancourt
Catégories: Fortress Paper, À contre-courant

Chadwick Wasilenkoff, avec l’achat du moulin à papier de Thurso, n’est pas le seul homme d’affaires de Colombie-Britannique à effectuer des investissements à contre-courant au Québec. Le 29 mars dernier (à peine 11 jours après la transaction de Thurso), c’était au tour de son compatriote Rick Doman d’acheter des actifs québécois dont personne ne semblait plus vouloir…

Sa compagnie, Eacom Timber (TSX Venture - ETR), s’est ainsi porté acquéreur de 7 scieries (3 au Québec et 4 en Ontario) et d’une usine de deuxième transformation (situé a Sullivan au Québec) appartenant à la société Domtar. Dans l’état actuel de l’industrie du bois d’oeuvre, il s’agit d’un investissement audacieux et très à contre-courant. Le prix du bois d’oeuvre est présentement trop bas pour que ces scieries soient rentables. Deux d’entre elles (Sainte-Marie et Ear Falls) sont même inactives.

Rick Doman mise évidemment sur un retournement de la situation. Selon lui, l’offre de bois d’oeuvre devrait diminuer dans les prochaines années en raison des ravages causés par un insecte (la dendroctone du pin ou “Pine Beetle”) dans les forêts de l’Ouest canadien et du Nord-Ouest américain. Parallèlement, la reprise économique va faire augmenter la demande. La baisse de l’offre combinée à une hausse de la demande devrait ainsi faire remonter les prix du bois d’oeuvre et transformer les scieries en exploitations très rentables.

Eacom a payé 129 millions à Domtar pour acquérir les scieries (102 millions comptant et 27 millions sous forme d’actions d’Eacom). La société a réalisé une émission d’actions de 145 millions pour financer cette acquisition. Suite à cette transaction, Eacom n’a aucune dette et possède toujours 43 millions en liquidités. Fait à noter, Domtar détient maintenant 11% des actions d’Eacom. Selon le journaliste Fabrice Taylor, c’est un signe que Domtar croit toujours au potentiel des scieries et que la vente était le fruit de la pression de certains actionnaires.

Rick Doman a travaillé toute sa vie dans l’industrie du bois d’oeuvre. Son père, Herb Doman, a créé la société Doman Industries (maintenant Western Forest Products). Il connait donc très bien le secteur et applique la bonne vieille recette de l’investisseur à contre-courant qui achète au creux absolu du marché et attend ensuite le rebond. La transaction n’est peut-être audacieuse qu’en apparence…

Par contre, le manque d’audace des entrepreneurs québécois semble de plus en plus évident lorsqu’on les compare aux Wasilenkoff et Doman !

Article de Bertrand Marotte du Globe and Mail

Article de Fabrice Taylor du Globe and Mail

Fraude de 3,4 millions chez easyhome !

Publié le 17 octobre 2010 par Philippe Rancourt
Catégories: easyhome

Avoir un blogue sur la Bourse n’est pas toujours facile… Il y a des jours où je me dis que je devrais cesser d’émettre des commentaires sur des titres précis et m’en tenir seulement à des généralités. Écrire des choses comme “il faut acheter au son du canon et vendre au son du violon” serait une bonne façon de minimiser mon risque d’avoir l’air fou. M’enfin….

Deux semaines après avoir été l’objet de commentaires positifs sur son redressement financier sur le blogue L’entrepreneur boursier, la société easyhome vient d’annoncer qu’elle est victime d’une fraude de 3.4 millions !!! Suite à cette nouvelle, le titre a perdu près de 20% en Bourse pour clôturer à 9,15$. La fraude a été perpétrée par la gérante de l’un des 54 kiosques easyfinancial de la compagnie avec la complaisance (complicité ?) de son superviseur régional. La fraude consistait à émettre des prêts à des clients fictifs, empocher l’argent puis émettre de nouveaux prêts qui servaient à “rembourser” les anciens prêts frauduleux. Selon la direction d’easyhome, il s’agit d’un incident isolé. Aucun membre de la haute direction n’est impliqué dans la fraude et aucun client de la compagnie n’est affecté par ce crime.

Les seules victimes sont la société easyhome, ses actionnaires et la crédibilité d’un blogueur qui préfère garder l’anonymat.

Que penser de tout cela ? La société a vu sa capitalisation boursière être réduite de 23 millions alors que la perte financière reliée à la fraude n’est que de 3.4 millions. Dans cette optique, la dégringolade boursière semble donc un peu exagérée (surtout si on considère que le titre n’était pas surévalué avant la fraude). Mais avant d’y voir une occasion d’achat, il faut bien entendu croire la direction lorsqu’elle affirme qu’il s’agit d’un incident isolé.

J’ai écouté la conférence téléphonique d’easyhome sur cet incident et je crois que la direction est honnête et intègre. Ils ont admis sans détour les lacunes de leur processus de contrôle, pris le blâme et expliqué les améliorations qu’ils comptent apporter pour éviter qu’une telle fraude se produise à nouveau. Il faut par contre mentionner que ce n’est pas la première fois que la société éprouve des problèmes et que la direction promet de redresser la situation. Il s’agit d’un refrain connu….

Bref, ma vision d’easyhome n’a pas vraiment changé. C’est une société jeune, dynamique, axée sur la croissance et avec une forte culture entrepreneuriale. Malheureusement, elle manque encore de rigueur au niveau de ses processus de contrôle financiers et opérationnels. Je crois que la société fait des efforts sincères pour atteindre une plus grande “maturité” dans sa gestion. Souhaitons-lui d’atteindre cette maturité, car c’est seulement à ce moment que l’on pourra parler de “redressement réussi”.