Investir à contre-courant au Québec

Publié le 31 octobre 2010 par Philippe Rancourt
Catégories: Fortress Paper, À contre-courant

Chadwick Wasilenkoff, avec l’achat du moulin à papier de Thurso, n’est pas le seul homme d’affaires de Colombie-Britannique à effectuer des investissements à contre-courant au Québec. Le 29 mars dernier (à peine 11 jours après la transaction de Thurso), c’était au tour de son compatriote Rick Doman d’acheter des actifs québécois dont personne ne semblait plus vouloir…

Sa compagnie, Eacom Timber (TSX Venture - ETR), s’est ainsi porté acquéreur de 7 scieries (3 au Québec et 4 en Ontario) et d’une usine de deuxième transformation (situé a Sullivan au Québec) appartenant à la société Domtar. Dans l’état actuel de l’industrie du bois d’oeuvre, il s’agit d’un investissement audacieux et très à contre-courant. Le prix du bois d’oeuvre est présentement trop bas pour que ces scieries soient rentables. Deux d’entre elles (Sainte-Marie et Ear Falls) sont même inactives.

Rick Doman mise évidemment sur un retournement de la situation. Selon lui, l’offre de bois d’oeuvre devrait diminuer dans les prochaines années en raison des ravages causés par un insecte (la dendroctone du pin ou “Pine Beetle”) dans les forêts de l’Ouest canadien et du Nord-Ouest américain. Parallèlement, la reprise économique va faire augmenter la demande. La baisse de l’offre combinée à une hausse de la demande devrait ainsi faire remonter les prix du bois d’oeuvre et transformer les scieries en exploitations très rentables.

Eacom a payé 129 millions à Domtar pour acquérir les scieries (102 millions comptant et 27 millions sous forme d’actions d’Eacom). La société a réalisé une émission d’actions de 145 millions pour financer cette acquisition. Suite à cette transaction, Eacom n’a aucune dette et possède toujours 43 millions en liquidités. Fait à noter, Domtar détient maintenant 11% des actions d’Eacom. Selon le journaliste Fabrice Taylor, c’est un signe que Domtar croit toujours au potentiel des scieries et que la vente était le fruit de la pression de certains actionnaires.

Rick Doman a travaillé toute sa vie dans l’industrie du bois d’oeuvre. Son père, Herb Doman, a créé la société Doman Industries (maintenant Western Forest Products). Il connait donc très bien le secteur et applique la bonne vieille recette de l’investisseur à contre-courant qui achète au creux absolu du marché et attend ensuite le rebond. La transaction n’est peut-être audacieuse qu’en apparence…

Par contre, le manque d’audace des entrepreneurs québécois semble de plus en plus évident lorsqu’on les compare aux Wasilenkoff et Doman !

Article de Bertrand Marotte du Globe and Mail

Article de Fabrice Taylor du Globe and Mail

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5 commentaires sur “Investir à contre-courant au Québec”

  1. Etienne a dit...

    C’est assez fascinant de voir la façon de ces investisseurs se comportent. Je suis admiratif du courage et de la vision à long terme dont ils font preuves. Ils se démarquent pas nécessairement pas des capacités d’analyses financières ou de management (ils sont d’ailleurs peut être aussi excellent dans ces domaines) mais par une forme d’indépendance d’esprit pour être ainsi…à contre-courant.

  2. Philippe Rancourt a dit...

    Salut Etienne,

    Je ne sous-estimerais pas les capacités d’analyse financière et de management de Wasilenkoff…. Pour Rick Doman, c’est plus difficile à dire puisque je le connais beaucoup moins….

    Mais l’indépendance d’esprit et la vision sont au rendez-vous, ça c’est indéniable !

  3. R. Bradley a dit...

    Bonjour Etienne,

    Je viens tout juste de découvrir ton blog et je t’en félicite, il est très intéressant à parcourir.

    J’ai eu la bonne fortune d’investir quelques $ dans FTP il y a quelques 14 mois maintenant et je ne puis que me réjouir du rendement obtenu par ce titre jusqu’à maintenant (150%) du pur bonheur. Je m’interroge cependant sur l’annonce d’aujourd’hui concernant l’émission de 50M$ de nouvelles actions. Est-ce que tu as de l’information sur l’objectif de cet ajout de capital? Y-a-t-il un investissement en perspective? La nouvelle en tout cas semble avoir propulser le titre aujourd’hui qui a clôturé en hausse de 5.7%

    Continue ton excellent travail, ton blog fait maintenant partie de mes favoris.

    R. Bradley

  4. R. Bradley a dit...

    Je m’adressais à Philippe dans mon commentaire précédent bien évidemment, il se faisait un peu tard au moment d’écrire ces lignes, désolé.

  5. Philippe Rancourt a dit...

    Merci pour vos bons mots. Je n’ai évidemment aucune information privilégiée sur les projets futurs de Fortress Paper. D’après ce que connais de Wasilenkoff, on peut s’attendre à bien des choses… les possibilités d’expansion sont multiples pour Fortress

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