Redressement et redressement extrême

Publié le 3 octobre 2010 par Philippe Rancourt
Catégories: Réflexions, easyhome

Les sociétés dites “en redressement” peuvent s’avérer des investissements très profitables en Bourse… à condition que le redressement réussisse ! Ce type d’investissement “contrarian” est pratiqué par certains investisseurs célèbres tels Peter Lynch. Par contre, de nombreux investisseurs sont carrément allergiques à cette approche. Car si le gain est énorme en cas de succès, le risque d’encaisser une lourde perte est aussi très important.

Je crois qu’il faut savoir faire la part des choses entre un redressement et un redressement “extrême”. Lorsqu’on parle de redressement, la plupart des gens ont en tête des cas extrêmes ou une société très mal en point réussie à éviter la faillite (sans diluer massivement ses actionnaires) et retrouve le chemin de la rentabilité. Dans une telle situation, le spéculateur ayant acheté des actions au plus fort de la tempête gagne gros. Le risque de perte est par contre proportionnel au gain et l’opération s’apparente davantage à du gambling qu’à de l’investissement.

Il est aussi possible de faire de gros gains en prenant beaucoup moins de risque en misant sur des redressements moins “extrêmes”… Il s’agit de repérer des sociétés au bilan solide et dont les profits nous semblent temporairement déprimés. Cette baisse des profits peut-être dus à la situation économique (récession) ou à des problèmes temporaires au sein de l’entreprise. Dans le cas d’une petite capitalisation, il est probable que ce type de difficultés pousse l’évaluation boursière à un niveau très bas. Les investisseurs ont tendance à être moins patients avec les petites compagnies qui ne livrent pas de bons résultats.

La clé d’un tel investissement est d’avoir confiance dans la capacité de la direction à redresser la barre. Il est nettement préférable que les dirigeants aient connus du succès par le passé et que l’entreprise ait un historique décent de rentabilité. Le bilan sain et les attentes peu élevées du marché limitent le risque à la baisse. La moindre bonne nouvelle peut avoir un impact intéressant sur le titre.

La société canadienne easyhome est un bon exemple de redressement réussi. La chaîne de location de marchandises a connu beaucoup de succès de 2002 à 2007 mais les deux dernières années furent pénibles en raison de la récession et d’une expansion un peu trop rapide. Devant des résultats financiers décevants, la direction a pris la décision de mettre la pédale douce en matière d’expansion et de se concentrer sur l’amélioration de la rentabilité. Ses efforts ont porté fruit, le dernier trimestre affichant un bénéfice net record. D’un creux de 7$ en mars dernier, le titre a rebondi aux alentours de 12$.

Fait à noter, les membres de la direction d’easyhome David Ingram(ceo), David Marries(vp marketing) et Steve Goertz(vp finance) ont tous acheté des actions récemment (à un prix supérieur à 11$). Si le redressement fut payant pour les actionnaires, tout porte à croire que l’après-redressement pourrait aussi s’avérer très intéressant !

L’article de Dominique Lamy sur easyhome

Articles sur le même sujet:

  1. Fraude de 3,4 millions chez easyhome !
  2. Une phrase à méditer
  3. La grande dérive vers le market timing

6 commentaires sur “Redressement et redressement extrême”

  1. Etienne a dit...

    C’est très intéressant comme méthode d’investissement mais il me semble que cela doit nécessiter une quantité de travail énorme pour bien connaître la société afin de faire un bon choix dans un climat psychologique qui peut être perturbant. Il est beaucoup plus simple d’investir dans une société qui fait des bénéfices, avec 8% de rendement et qui croit de 10% par an.

    De mémoire, je crois qu’un des investisseurs décrits dans ” Investir dans la valeur” utilisent cette méthode à bon escient.
    Quelqu’un a-t-il déjà pratiqué?

  2. Philippe Rancourt a dit...

    Salut Étienne,

    C’est un bon point. Ça demande en effet plus de travail que d’investir dans un gros blue chip stable et connu de tous. Par contre, le rendement potentiel est nettement supérieur. En fait, je crois qu’il faut suivre la société en redressement depuis quelques années pour avoir la confiance nécessaire pour y investir.

    Ce n’est pas simple comme méthode, j’en conviens.

  3. Pierre-Olivier a dit...

    En regard aux commentaires précédents, je crois que les 2 sortes de titres ont leur place dans un portefeuille d’actions. Les blue chips stabilisent le portefeuille et diminuent le risque pendant que les sociétés en revirements et les small caps propulsent ce même portefeuille à des nouveaux sommets (où à des bas historiques, c’est selon).

  4. T’as quoi dans ton portif? | Investisseurdebutant.com a dit...

    [...] société : mature, en croissance, potentiellement OPAbles, en redressement, [...]

  5. Franck a dit...

    Je crois que c’est une philosophie qui correspond tout à fait à l’investissement en daubasses, sauf que nous considérons que le risque est en réalité faible du fait de intransigeance de nos ratios de sélections (décote et solvabilité) : face tu gagnes et pile… tu perds peu !

    Au plaisir de te lire Philippe.

  6. Philippe Rancourt a dit...

    Salut Franck,

    La différence avec les Daubasses, c’est que je mise sur un redressement des profits plutôt que sur une meilleur valorisation par le marché (ou par un concurrent) des actifs de la compagnie.

    Sinon, c’est vrai qu’il y a cette même idée de marge de sécurité.

Commentaire: