Les bonnes acquisitions ne suffisent pas

Publié le 20 mai 2010 par Philippe Rancourt
Catégories: Fortress Paper, Réflexions

Nous ne voulons pas simplement faire de bonnes acquisitions. Nos acquisitions se doivent d’être fantastiques !

-Chad Wasilenkoff

Telles sont les paroles les plus percutantes prononcées par le CEO de Fortress Paper lors du dernier appel-conférence. Elles décrivent bien la philosophie en matière d’acquisition d’entreprises qui a mené à la création de Fortress Paper et, plus récemment, à l’acquisition du moulin de Thurso.

Cette affirmation peut sembler banale à première vue (qui ne souhaite pas faire des transactions fantastiques…) mais contient l’essence même du succès en investissement. N’est-ce pas l’état d’esprit que l’on devrait toujours avoir avant d’acheter des actions en Bourse ? Il existe des milliers de sociétés inscrites en Bourse et un bon nombre d’entres-elles sont de bonnes compagnies, bien gérées et possèdent des qualités intéressantes. De temps à autre, nous nous laissons tenter par l’une de ces bonnes compagnies et en achetons quelques actions. Hélas, les rendements que nous en obtenons sont rarement fantastiques et se situent la plupart du temps dans la fourchette “d’ordinaire” à “médiocre”. Pourtant, les sociétés en question continuent d’être bien administrées, d’avoir bonne réputation et d’afficher des profits en croissance de 8% sur l’exercice précédent.

Peut-être manque-t-il quelque chose à l’approche de la plupart des investisseurs ? Ce quelque chose, ce pourrait être la grande rigueur intellectuelle et le côté ultrasélectif qui accompagne la volonté de ne faire que des transactions exceptionnelles.

Il est facile de s’éparpiller en Bourse en achetant un paquet de “belles compagnies” tout en espérant que certaines d’entres-elles produisent des rendements fabuleux. Je suis de moins en moins convaincu de la valeur d’une telle approche. Peux-être vaut-il mieux, à l’image de Chad Wasilenkoff, se concentrer uniquement sur la recherche d’opportunités vraiment exceptionnelles et oublier tout le reste. Bien entendu, ces opportunités sont très rares et investirent de cette façon signifie probablement de ne faire qu’une ou deux transactions par année…

Après tout, le succès d’un investisseur ne repose souvent que sur quelques grands succès. Dans ce sens, ne suffit-il pas de découvrir qu’un seul groupe BMTC (ou MTY Food ou Fortress Paper…) par année et de savoir les conserver pour avoir une carrière d’investisseur fructueuse ? Qu’en pensez-vous ?

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10 commentaires sur “Les bonnes acquisitions ne suffisent pas”

  1. Mario Desjardins a dit...

    J’aime bien être concentré sur quelques placements pour lesquelles j’ai fait mes devoirs.Il faut arriver à bien comprendre chacune des cies. pour être en mesure d’asnalyser les performances financières. Cela me rassure
    dans les temps difficiles pc j’ai l’impression de savoir comment va réagir mes titres en période de turbulence ,et dieu sait qu’il y en a de ce temps ci

    Moins de titres veut dire être plus patient parce qu’on devient plus exigeant avec nos critères de sélection.

    Mes positions majeures: home Cap Group et Colabor

    Mario

  2. Philippe Rancourt a dit...

    Home Capital Group est aussi une de mes positions majeures et je devrais peut-être étudier colabor….

  3. Rémy Morel a dit...

    Bonjour Philippe. Selon moi, acheter de belles compagnies et les garder longtemps, ça fonctionne, mais tout dépend du rendement visé. Je crois que c’est une approche sensée qui permet de consacrer un temps raisonnable à l’étude des titres. Il n’est pas nécessaire d’étudier plusieurs heures par jour.
    À l’inverse, être concentré et opportuniste est très demandant. Et il faut éviter de s’attacher à des titres. Par exemple, BMTC était une excellente idée au début du millénaire. Et ce qui en faisait une opportunité extraordinaire, c’était son prix. Le risque était donc peu élevé. Cependant, si on l’achète à n’importe quel moment, cela devient une opportunité bien ordinaire (parfois la chance peut nous amener à penser que c’était plus extraordinaire que ordinaire). Le rendement devrait alors, à très long terme, calquer celui de la compagnie. Si un investisseur recherche le même rendement que la compagnie, c’est suffisant. Autrement, il doit être plus opportuniste et être constamment à l’affût de nouvelles aubaines, afin de trouver celles qui sont vraiment extraordinaires.
    Félicitation pour ton billet.

  4. Philippe Rancourt a dit...

    Merci Rémy pour ce commentaire.

    Je suis globalement d’accord avec toi. C’est vrai que je n’ai pas vraiment précisé ce que j’entendais par “approche boursière qui fonctionne”. Pour moi, c’est d’obtenir un rendement significativement supérieur à un fond indiciel du S&P 500. Mes billets sont toujours écris dans cette optique. J’entretiens certains doutes sur le fait qu’on puisse obtenir un tel rendement avec un portefeuille de blue chips de grande qualité car ceux-ci ont une croissance limitée et sont rarement sous-évalués par le marché…

    Je suis d’accord que l’approche concentrée et opportuniste est très difficile. Mais bon, si ont veut avoir des résultats supérieurs à la moyenne, il faut nécessairement investir une somme d’énergie supérieure à la moyenne. C’est vrai dans tout les domaines et la Bourse n’y fait pas exception. Je crois que c’est la raison principale du succès d’un type comme Buffett et que la plupart des gens comprennent mal (ou sous-estiment) cet aspect du phénomène Buffett.

    Il faut aussi faire très attention au prix payé, ça j’en conviens… et Wasilenkoff serait probablement d’accord lui aussi !

  5. Yannick Letourneau a dit...

    Mohnish Pabrai répète dans son livre The Dhandho Investor que le profit se fait au moment de l’achat, et non la vente d’un titre. Je pense que ça résume pas mal la philosophie du value investing.

  6. Philippe Rancourt a dit...

    Salut Yannick,

    C’est vrai, mais d’un autre côté, comme le mentionnait Rémy, il faut aussi savoir “quand vendre” si on veut pouvoir concrétiser les profits. Et ça, ce n’est pas toujours évident… Bombardier est un bon exemple de titre qui a donné des rendements fabuleux tout au long des années 90 mais qu’il fallait mieux vendre au début des années 2000…

  7. Yannick Letourneau a dit...

    Personnellement je n’ai pas autant de discipline, mais Mohnish semblait dire qu’il fermait systématiquement ses positions 2-3 ans max après les avoir ouvertes. Selon lui, si le scénario ne s’est pas déroulé selon nos anticipations, c’est après seulement 24 mois qu’on peut en être certain, et admettre qu’on s’est trompé. Je vous épargne son argumentation mais ça faisait beaucoup de sens.

  8. Philippe Rancourt a dit...

    En effet, ça fait du sens comme approche. Je te dirais que les titres qui vont mal ne sont pas les titres qui je trouve les plus difficiles à vendre. Ce sont plutôt ceux qui vont bien pendant quelques années qui sont embêtant…

  9. Eddy C. (ECCO) a dit...

    “Dans ce sens, ne suffit-il pas de découvrir qu’un seul groupe BMTC (ou MTY Food ou Fortress Paper…) par année et de savoir les conserver pour avoir une carrière d’investisseur fructueuse ?”

    Bien, moi je te dirais Philippe que si tu peux trouver un seul de ces titres par année tes rendement ne seront pas que fructueux, ils seront extraordinaires! Depuis 25 ans, je crois avoir trouver 3 de ces titres, et le rendement de mon portefeuille bat certainement 99% des gestionnaires de portefeuille sur 10 ans.

    Je partage avec toi cette philosophie, je recherche aussi les titres “explosifs” plutôt que seulement des “bons” titres.

    Bien que je ne suis qu’à l’aube de la quarantaine, je possède quand même près de 25 ans d’expérience d’investissement boursier et de passion pour le sujet. Au fil des ans, j’ai réalisé qu’il y avait plusieurs façons d’investir. Il m’est arrivé d’acheté des titres que je croyais seulement bon car j’avais des liquidités à investir ou encore des blue ships qui avait quintupler depuis 10 ans mais qui n’ont pas fait grand chose par la suite, ou encore des titres à dividendes, …etc.

    J’ai fais plusieurs bons placements ainsi que de moins bons, toutefois, les meilleurs placements ont été des petites capitalisations québécoises que j’ai gardées très longtemps. Les entreprises étant “locales”, il m’est plus faciles de les suivre et de mieux les comprendre. En fait, sur une moyenne de 6 à 12 titres en portefeuille au fil des ans, 2 titres ont représentés près de 60% du rendement de mon portefeuille.

    Je m’efforce maintenant à trouver LA perle et je me laisse moins distraire par les bons rendements potentiels. Si on vise un rendement de 10% de nos titres, on va obtenir un rendement de 7-8% car on va se tromper de temps à autre ou encore on va avoir de mauvaise surprises. Personnellement, je vise 30% pour obtenir 20%. Si le titre n’a pas le potentiel de réaliser 30% je passe mon tour et attend, un jour ou l’autre, cette opportunité se présentera.

  10. Philippe Rancourt a dit...

    Merci Eddy pour ce message.

    Je vois qu’on est arrivé pas mal aux mêmes conclusions chacun de notre côté. Pour ma part, j’ai seulement 12 ans d’expérience en Bourse mais je dois admettre que j’ai moi aussi souvent acheté des titres qui n’étaient pas des mauvaises compagnies mais qui m’ont pourtant mené nulle part côté rendement….

    L’avenir appartient à ceux qui savent attendre leur balle ! ;-)

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