Je suis un spéculateur
Catégories: Réflexions
Le secret était devenu trop lourd à porter. Après plus d’une dizaine d’années d’expérience boursière diverses, je dois cesser de me mentir à moi-même. Je dois cesser de faire illusion avec ce blogue. Je me dois de faire mon examen de conscience et regarder la réalité en face. Je dois faire cette confession : je suis un spéculateur.
Dans le monde de l’investissement, les choses sont claires. Il y a les bons et les méchants. Les bons investisseurs sont des gens sérieux et honnêtes. Les méchants spéculateurs sont des individus frivoles et malveillants. Comme bien des gens, je me suis longtemps rangé dans la noble catégorie des investisseurs tout en ayant un certain mépris pour les spéculateurs. Plus les années passent et plus je me rends compte qu’il s’agit là d’un schéma assez enfantin et simpliste. Tout investissement en Bourse comporte un aspect aléatoire et spéculatif. S’autoproclamer “investisseur sérieux” ne changera rien à cette réalité.
On peut débattre longtemps de ce qu’est la spéculation. Selon moi, spéculer consiste à acheter ou vendre des actions d’une société sans avoir une très forte compréhension de ses activités et de son modèle d’affaires. Avec une telle définition, il est clair que la majorité des transactions boursières effectuées autant par les amateurs que les professionnels tombent dans la catégorie des spéculations. Les entreprises inscrites en Bourse sont des entités complexes. Bien les comprendre demande du temps et de l’expérience et il très difficile d’en avoir une compréhension parfaite. Je crois qu’il faut cesser de se raconter des histoires et admettre qu’il y aura toujours une part de spéculation dans chacune de nos transactions.
Bien entendu, toutes les spéculations ne sont pas égales entre elles. Il y a les spéculations “frivoles” et les spéculations “éduquées”. Le spéculateur frivole mise sur des sociétés qu’il comprend très peu et s’apparente à l’acheteur de billets de loterie. Le spéculateur éduqué tente pour sa part d’améliorer sans cesse sa compréhension des sociétés qu’il achète. Il cherche ainsi à minimiser ses risques et s’apparente aux as du poker qui font des mises importantes seulement quand les probabilités sont en leur faveur.
Bref, je crois qu’il faudrait peut-être réhabiliter la notion de spéculation éduquée, car elle correspond davantage à la réalité que le terme “investisseur” qui est utilisé à toutes les sauces et qui ne veut plus dire grand-chose.
Articles sur le même sujet:
1 mai 2010 à 13 h 19 min
J’ai jeté un coup d’œil aux définitions sur le web qu’on fait du mot spéculation et il y a celle qui retient mon attention puisque c’est probablement celle qui correspond le plus à ce que je pense:
Spéculation: Opération financière ou commerciale qui consiste à profiter des fluctuations naturelles du marché pour essayer d’en tirer des bénéfices.
Par contre, si cette définition est vraie, les fondamentaux ne sont pas des spéculateurs alors que les analystes techniques en sont tous.
Salutations,
Pierre-Olivier
1 mai 2010 à 14 h 02 min
Je suis conscient que ma définition de la “spéculation” ne fera pas l’unanimité.
Je suis d’accord que les analystes techniques sont tous des spéculateurs mais je crois aussi que la plupart des “fondamentalistes” devraient être honnête vis-à-vis eux-même (et je m’inclus là-dedans) et admettre que leur compréhension des choses est souvent bien imparfaite…
D’un autre côté, si on attend d’avoir une maîtrise parfaite du sujet avant d’investir, on risque de ne jamais le faire. Il faut donc être capable de plonger tout en tolérant un certain côté aléatoire et spéculatif dans nos opérations.
Ce n’est que mon humble opinion…
1 mai 2010 à 14 h 15 min
Philippe,
Tu viens de pondre un texte superbe. À relire, assurément.
Je suis moi-même dans le brouillard concernant la notion de “spéculateurs.” J’ai effectué plusieurs transactions boursières en mars et avril, sur certains titres que je croyais pourtant acquis pour le long terme. Je comprends désormais que tout investissement en Bourse comporte son lot d’incertitudes, et son côté aléatoire. En tant que petit investisseur, il est difficile de maîtriser parfaitement tous les rouages d’une entreprise.
Par exemple, depuis 2 ans, je me suis constitué un panier de titres pharmaceutiques. Je connais très bien le secteur. Mais il m’est impossible de savoir avec certitude laquelle des entreprises possèdent le pipeline de produits le plus prometteur. Le plus sécuritaire. Le moins risqué. Le moins sujet à être refusé par la FDA, par exemple. Bref, malgré tout, je pense avoir fait mes devoirs en “investisseur sérieux”. Ou en spéculateur éduqué, c’est selon.
Tu viens de lancer un débat intéressant.
Au plaisir!
Dominique
1 mai 2010 à 16 h 29 min
Merci Dominique !
Bien content d’avoir de tes nouvelles et bien content de voir que tu reprends le collier avec ton blogue !
Philippe
1 mai 2010 à 17 h 41 min
Très intéressant débat, c’est une question que je me suis aussi posé.
En désirant obtenir de la richesse, chacun de nous à une dose de «spéculateur» en lui. Un spéculateur à 100% prend la bourse comme un jeu, un autre plus sérieux fait ses devoirs avec plus de rigueur. Selon vous, qui serait l’investisseur le moins «spéculateur» de l’histoire? Même Buffet a acquis une certaine partie de sa fortune grâce à la spéculation : il a fait des opérations d’arbitrage sur les marchés et il a acheté d’options à des prix intéressants.
Salutations!
1 mai 2010 à 18 h 54 min
C’est une bonne question. Peut-être Ben Graham qui a toujours eu le souci de protéger ses positions en utilisant différentes techniques (dont la vente à découvert).
Ceci dit, je ne crois pas que l’arbitrage soit très spéculatif. Au contraire, un arbitrage techniquement bien fait, c’est plutôt l’art de faire un petit profit en ne prenant aucun risque.
1 mai 2010 à 22 h 50 min
Définitivement, nous sommes tous un petit peu spéculateur. Je ne me le suis pas caché bien longtemps et il est important de savoir vivre avec. Votre comparaison au poker est excellente en ce sens.
2 mai 2010 à 1 h 33 min
Quelle est la différence entre un spéculateur éduqué et un investisseur? Son niveau de connaisance? Si c’est le cas, le spéculateur éduqués ne serait-il pas un investisseur débutant? lol… tout cela n’est que des mots…
A mon avis, la spéculation est une prédiction sans raisonement.
Je penses que nous jouons avec les mots. Qu’on soit investisseur ou spéculateurs éduqués, l’important est d’essayé de ramasser le plus d’information possible afin de prendre la meilleur décision.
2 mai 2010 à 12 h 15 min
Non, ce n’est pas seulement un débat sémantique sur le “choix des mots”.
Lorsqu’on accepte le terme “spéculation éduquée”, on accepte la notion qu’il y a quelque chose d’incontrôlable dans n’importe quel investissement, peu importe la quantité d’information amassée sur la compagnie.
Cette idée n’est pas présente dans le terme “investisseur” qui est un terme très général qui veut tout dire et rien dire à la fois.
Par contre, je suis totalement d’accord que l’important est en d’en savoir le plus possible sur les sociétés dans lesquelles on investit.
11 mai 2010 à 9 h 26 min
Certains d’enttre vous possèdent-ils un commerce? Si oui, considérez-vous que c’est de la spéculation? Tant et aussi longtemps que posséder des entreprises n’est point de la spéculation, la détention de titre boursier dans le même optique ne devrait pas être de la spéculation non plus.
Si vous achetez un McDo bien établi au coin de la rue, vous ne pouvez être certain à 100% que les ventes continueront comme avant. C’est un risque, et non de la spéculation. Alors, une compagnie publique ne devrait pas être jugée différemment.
Par contre, si vous achetez le même McDo sans consulter les livres, cela devient de la spéculation. Spéculer, c’est espérer. Investir, c’est calculer.
11 mai 2010 à 18 h 39 min
Il y a quand même des différences importantes avec la possession d’un commerce :
1. Une entreprise en Bourse est beaucoup plus complexe qu’un commerce.
2. Un propriétaire d’un commerce possède toutes les informations importantes sur son commerce, un actionnaire d’une entreprise publique ne peut pas en dire autant
3. Contrairement au proprio du commerce, l’actionnaire n’a absolument aucun contrôle ou influence sur les décisions de l’entreprise
11 mai 2010 à 21 h 47 min
Salut Philippe,
Je me demande bien quel événement a pu susciter autant de doute chez toi. Ce n’est certainement pas la performance de Fortress Paper en tout cas !!!
On fait tous des erreurs (j’ai investi dans des banques espagnoles il y a 2 semaines, juste avant la débacle), mais je pense que l’important est d’apprendre de nos erreurs pour s’améliorer et ne pas baisser les bras. Même Warren Buffet avoue avoir fait plusieurs erreurs dans sa carrière et cela ne l’a pas empêché d’avoir du succès. Je pense que son idée de “marge de sécurité” bien c’est justement pour pallier aux éléments d’information qui lui manquent ou à des failles dans son jugement.
11 mai 2010 à 22 h 27 min
Salut Yannick,
Mon portefeuille va plutôt bien. Cette réflexion ne fait pas suite à un événement particulier ou a une perte financière quelconque… C’est plutôt le fruit des mes réflexions et lectures des dernières semaines.
Ton propos sur la marge se sécurité est très pertinent. C’est en partie en lisant les mémoires de Ben Graham et en réalisant toute la variété de techniques qu’il utilisait pour limiter son risque que je réalise que mes opérations personnelles étaient finalement assez spéculatives. Comme tu le dis, il y a toujours de la place à l’amélioration !