Sortir des sentiers battus

Publié le 28 février 2010 par Philippe Rancourt
Catégories: Réflexions, Warren Buffett

La plupart des lecteurs de ce blogue sont probablement aussi des lecteurs assidus de la presse financière. Si vous êtes comme moi, vous avez surement régulièrement une impression de “déjà lu” en parcourant les articles de vos médias financiers favoris (j’espère que ça n’arrive pas trop souvent sur ce blogue…). Avec la régularité d’un métronome, nous voyons y revenir périodiquement les mêmes histoires, les mêmes réflexions et les mêmes clichés. Que ce soit pour nous vanter les vertus de la diversification ou pour nous recommander l’achat des actions de Manuvie ou de Pfizer, le conservatisme et le conformisme semblent être la norme.

Paradoxalement, ces gestionnaires de portefeuille et journalistes financiers sans grande imagination ont souvent une très grande admiration pour des investisseurs légendaires comme Benjamin Graham, Warren Buffett ou Peter Lynch. Pourtant, ces grands investisseurs sont pour la plupart des individus marginaux et excentriques dont la personnalité est à des années-lumières de celle du gestionnaire de portefeuille ou du journaliste financier typique. Il faut bien sûr s’intéresser de près à la vie de ces légendes de l’investissement pour bien saisir ce paradoxe (voir cet article intéressant sur le blogue des Daubasses). Le filtre des médias financiers (leur biais conservateur et leur goût du cliché) ne permet pas vraiment de saisir la grande complexité d’un phénomène comme celui de Warren Buffett.

À lire la presse financière, on pourrait facilement croire que Buffett est devenu immensément riche en faisant simplement du “buy & hold” sur des titres de grandes capitalisations. La réalité est beaucoup plus compliquée (et beaucoup plus intéressante!). Le financier d’Omaha a passé une bonne partie de sa carrière à effectuer des opérations financières parfois assez complexes (prise de contrôle, arbitrage) sur des sociétés peu connues du public. Les investisseurs de la trempe de Buffett ont compris que, pour avoir du succès à la Bourse, il faut avoir un avantage sur les autres participants du marché. Or, cet avantage est impossible à obtenir sur des sociétés connues de tous et suivies par de nombreux analystes financiers. Il est donc essentiel de sortir des sentiers battus et de faire preuve de créativité pour obtenir un succès supérieur à la moyenne.

Le conformisme en investissement est probablement la raison pour laquelle la majorité des gestionnaires n’arrivent pas à battre les indices. C’est aussi ce qui pousse les investisseurs amateurs à se constituer des portefeuilles de “blue chips” solides. Dans les deux cas, il est probable qu’un fonds indiciel d’un indice diversifié comme le S&P 500 ferait un meilleur travail. Reste les passionnés qui son prêt à investir de nombreuses heures dans l’étude de sociétés, pour ceux-là, mieux vaut parcourir les chemins moins fréquentés… les chances d’y découvrir une pépite sont meilleures !

Articles sur le même sujet:

  1. Warren Buffett et vous
  2. Comment Buffett investit ?
  3. Pour en finir avec le “buy & hold”

2 commentaires sur “Sortir des sentiers battus”

  1. Thierry Collart a dit...

    Je ne suis pas trop d’accord avec toi sur un point: celui de la probabilité d’obtenir un bon résultat avec des blue chips.
    Je pense en effet que c’est possible, très probable même, à condition de ne pas suivre la foule, d’acheter lorsque tout le monde vend en panique et de conserver très longtemps alors qu’investisseurs professionnels et amateurs situent le long terme à quelques mois dans le meilleur des cas.

    Certes, le potentiel des titres peu connus est supérieur, mais une bonne gestion appliquée aux stars de la cote peut surprendre.

    Bien à toi,

    Thierry.

  2. Philippe Rancourt a dit...

    Bonjour Thierry,

    Il faut bien me comprendre, je crois qu’un portefeuille de blue chips peu donner un rendement décent sur plusieurs années. Seulement, il n’est vraiment pas clair pour moi qu’un tel portefeuille puisse battre significativement le rendement d’un indice sur une longue période. Je me demande s’il n’est pas plus simple d’acheter un fonds indiciel plutôt que de tenter de faire en dilettante ce que les professionels font à temps plein. Je peux avoir tort mais l’avantage dans le monde des grandes capitalisations m’apparaît plutôt mince pour un petit investisseur.

    Je pourrais résumer mon approche de l’investissement ainsi : “tant qu’à investir du temps à étudier des titres, mieux vaux l’investir dans des titres ou je peux développer un avantage significatif par rapport au reste du marché”

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