Pour en finir avec le “buy & hold”

Publié le 7 juillet 2009 par Philippe Rancourt
Catégories: Réflexions, Warren Buffett

La stratégie du  ”buy & hold” en Bourse est morte ! C’est du moins ce qu’affirment en grande pompe de nombreux experts et commentateurs.  Eh bien, soit ! Que dieu ait son âme et qu’on cesse de nous casser les oreilles avec une stratégie, qui, à l’heure d’internet, ne doit plus avoir aucun adepte !

Un instant !, me direz-vous. N’est-ce pas la stratégie qui a fait la fortune du seul et unique Warren Buffett ? C’est vrai mais je crois qu’il y a quelques nuances à apporter sur le “buy & hold” tel que pratiqué par le vieux renard d’Omaha. La majorité des investissements de Buffett se classent en deux catégories : les participations en action dans des sociétés publiques et la possession de sociétés privées.  Buffett fait du ”buy & hold” surtout avec la seconde catégorie et il le fait pour des motifs qui n’ont rien à voir avec ceux de l’investisseur moyen.

Tout d’abord, posséder une société privée lui permet d’avoir un contrôle total sur les cash flows générés par celle-ci et lui permet de les ré-allouer de façon optimale dans le reste de son empire. Deuxièmement, sa réputation de type qui ne revend jamais une entreprise lui permet d’obtenir de très bon prix lorsqu’il négocie l’achat d’une société. Plusieurs vendeurs (en particulier les entreprises familiales) préfèrent obtenir un peu moins d’argent en échange de l’assurance que leur compagnie sera entre de bonnes mains. C’est probablement pourquoi Buffett tolère des entreprises plus ou moins rentables dans son conglomérat (Blue Chip Stamps, Buffalo News, NetJet), il fait le calcul que l’argent perdu avec ces sociétés est largement compensé par les “deals” favorables que sa réputation de collectionneur d’entreprises lui permet d’obtenir.

Buffett possède aussi des participations dans certaines sociétés publiques (American Express, Coca-Cola) depuis fort longtemps mais je crois qu’il n’hésiterait pas à les vendre s’il décelait un problème majeur dans ces sociétés. Sa participation dans la Washington Post Company est peut-être la seule exception à cette règle.  Cet investissement fait en 1974 fut immensément profitable pour Buffett sur le plan financier mais il lui permit aussi de pénétrer dans les hautes sphères de la politique américaine et d’en devenir un personnage influent.  Encore une fois, son “buy & hold” dans le Washington Post est motivé par des considérations à des années lumières de celles d’un boursicoteur du dimanche…

Bref, je crois qu’il ne faut pas accorder de vertu particulière à la durée de détention d’un titre. Il faut garder les yeux ouverts et conserver un titre tant qu’on croit à son potentiel. Ça peut vouloir dire le vendre après six mois ou le conserver pendant dix ans… tout réside dans notre capacité à bien évaluer son potentiel.

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7 commentaires sur “Pour en finir avec le “buy & hold””

  1. Thierry Collart a dit...

    Les détracteurs de la stratégie “Buy & Hold” font un raccourci grossier en pensant que cette approche consiste à conserver les titres achetés quoiqu’il advienne…
    Je suis un adepte du “Buy & Hold”, mais je n’hésite pas à vendre une ligne, même peu de temps après mon achat, si mes critères ne sont plus rencontrés (valorisation, potentiel, dividende, qualité…)

  2. Alexandre Gervais a dit...

    Ton article est super, Philippe!

  3. Pierre Marchand a dit...

    Philippe,

    bonjour….tout d’abord merci pour toutes les réflexions pertinente que tu nous propose sur ton blog.

    Je suis globalement d’accord avec ce que tu expliques….La fin du Buy & Hold, est chantée a chaque crise et surtout a chaque fois que les cours des sociétés plongent, voir des indices pour les détracteurs….Qui ne vont généralement pas plus loin que cela.

    Mais le Buy & Hold c’est quand même plus complexe que d’acheter et de garder……Ce que ne précsise jamais les détracteurs…..Car c’est avant tout basé sur les fondamentaux, Bilan - Business Modèle - Produit et ensuite cela doit être relayé par la valeur : Marge de sécurité sur le prix payé…….!

    Pour Buffett, j’ai de plus en plus le sentiment qu’il faut obligatoirement, comprendre et tenter de compartimenter, ces différents investissements…

    Pourquoi compartimenter, parce que certain de ces investissements ne sont pas accessible aux petits investisseurs que nous sommes.

    Par exemple le nom côté. N’est pas accessible pour nous à la manière de Buffett….

    Ensuite, ces investissement hors actions, comme ces derniers achats d’obligation préférentiel…..Sur Harley ou Général Electric. Ne sont pas accessibles non plus.

    Ensuite vient la catégorie accessible, l’achat de société côtée…..Mais avec le temps, j’ai le sentiment qu’il faut nuancé, car si Buffett offre vraiment des enseignement logique et pertinent de manière général, personne ne peut prétendre posséder ces immenses qualités…..

    La ou a force de discipline et de patience, l’investisseur du Dimanche, peut mettre en pratique les investissement de Buffett, ce sont sur les Big caps fortement décôtée de manière passagère sur un problème passager……Je reviens plus bas sur un exemple qui me semble limpide…..En fait on remarque que lorsque Buffett à acheter Washington Post, la société était au bord de la faillite….Pareil pour ces premiers achats de Wells Fargo qui traversait une mauvaise période du a une crise du crédit en Californie….Même chose avec American Express, qui traversait une mauvaise période quand Buffett a acheter……..Pareil enfin pour Geico (même si nom côté) quand Buffett achète on frôle la faillite…….

    Je pense que ces très belle société achetée sur problème temporaire peuvent être achetée et gardée assez longtemps sans gros risque, à condition d’avoir sur attendre un problème et de comprendre qu’il est passager……Et je pense que ce n’est pas trop compliqué à comprendre.

    Mon exemple de ce style, c’est Mac Donald en 2002-2003 que l’on pouvait ramasser à 13-15$….Sur problème de Bull Techno, conjugué au problème de la vache folle…….Si tu te penchais sur le bilan, ont pouvais en gros y trouver plus ou moins 20$ d’actif immobilier…Actif immobilier en général de qualité car souvent situé dans des rues très commerçantes de part le monde….Et rien qu’avec cela, on pouvait foncer sur cette investissement tête baissée……ou à peut -prêt

    Aujourd’hui, sans parler du cours qui a multiplier par 5 depuis, Mac Do paie un dividende de 2$….donc au prix d’achat de 13-15$, tu as une rente de minimum 13% sur ton investissement aujourd’hui…….

    Il serait complètement irrationel de vouloir vendre un pareil investissement, même si le marché valorisait de manière exagérée le cours de Mac Do…….!!!!! En moins que le problème soit très grave, sur le modèle ou autre…..

    Pour moi donc, il est impératif de savoir attendre le bon moment, sur ce type d’investissement, si l’on veux garder longtemps….et cela demande donc patience et discipline…..Car ce n’est pas tout les jours qu’un problème de cette envergure ce présente, sur une tel société….

    Le second volet développé par Buffett sur les société côtée, c’est un achat à bon prix……Parce que l’on comprend l’avantage de la société à long terme……..

    Je pense aujourd’hui que c’est quand même là tout le génie de Buffett, c’est de bien comprendre la société, ces produits, son modèle et la pérénité de ces Free Cash-Flow……Et que rien ne sert de se voiler la face, très peu d’investisseur en sont capable….!!!!!

    L’erreur, que j’ai comise et que peut-être d’autre ont commis comme moi, c’est justement de croire que nous sommes capable de détecter à long terme une série d’avantage……Payer alors le juste prix, est risqué si l’on ne comprend pas toutes les facettes d’une société, plus si l’on est pas capable de s’assurer de la pérénité de pas mal de point…..

    Je pense en conclusion qu’il est nécessaire de fournir une belle somme de travail pour investir, mais également, d’évaluer très modestement ces compétences et sa capacité de jugement, pour qu’elle soit ajustée complètement à la réalité de ce que l’on peu faire…..

    Personellement et en ayant mieux compris cela, j’ai le sentiement d’avoir volontairement redecendu une marche, en attente de plus d’expérience, en me concentrant sur les actifs des sociétés et en ne dépassant pas la Capacité bénéficiare de la société, selon Greenwald………

    Cette crise m’aura finalement apporté plus de dsicipline et plus de lucidité sur moi même pour le futur….Ce qui me semble finalement une chose très positive.

    Bonne vacance.

    Bien à toi. Pierre

  4. Philippe Rancourt a dit...

    Wow ! Merci Pierre pour cette riche réflexion pesonnelle beaucoup plus vaste que le sujet de mon article sur le “buy & hold”.

    Je suis d’accord qu’une grande capitalisation sous-évaluée en raison d’un problème temporaire peu représenter une belle opportunité. Par contre, il faut être vraiment certain que le problème est véritablement “temporaire” et qu’il n’est pas le premier symptome d’un mal plus profond. Bref, on en sort pas, il faut la plupart du temps très bien comprendre la société pour déterminer si le problème est temporaire ou non…

    Pour moi, il n’y a vraiment qu’une seule approche valable en Bourse : c’est de bien comprendre ses titres !

    Bon été à toi aussi.

  5. Michael a dit...

    Bien comprendre les titres est indispensable pour les titres de qualité.
    C’est très compliqué pour un investisseur individuel et ce qui est le plus dangereux c’est qu’il peut croire bien comprendre un titre alors que ce n’est pas le cas.
    Il reste les évènements exceptionnels et relativement limpides comme l’exemple de Pierre sur MacDo, mais cela reste très rare.

    Par contre, on peut se permettre de moins bien comprendre les titres quand on achète des actifs tangibles couplés à une belle marge de sécurité. De mon point de vue, c’est ce qui convient le mieux à l’investisseur individuel.
    D’ailleurs je m’occupe moi même de ce type d’investissement et je laisse les investissements sur les entreprises de qualité à des gestionnaires de talent.

  6. Philippe Rancourt a dit...

    Si je comprends bien, on peut faire l’économie du savoir et de la connaissance et se contenter de quelques calculs de ratio financier à partir des chiffres du bilan ?

    Désolé Michael mais je ne peux qu’être en profond désaccord avec ça…. C’est vrai qu’on peut s’illusionner sur notre degré de compréhension mais ce n’est quand même pas une excuse à l’ignorance. J’admet par contre que bien comprendre une entreprise n’est pas quelque chose d’évident ou de facile. Mais c’est justement pour cette raison que ça procure un avantage concurrentiel sur le reste des participants du marché. Si c’était aussi facile que calculer la valeur comptable ou utiliser des filtres financiers sur le web, tout le monde le ferait….

  7. Michael a dit...

    A mon sens, il est possible de faire l’économie d’une grande partie du savoir immatériel, si on étudie les bons chiffres, ceux qui quantifient les actifs matériels.

    C’est typiquement ce qu’explique le blog des daubasses:
    http://lesdaubasses.blogspot.com/2008/11/processus-de-slection-de-titres-lachat_14.html

    Bien sur si on a le savoir et les bons chiffres, on est dans une situation très confortable.
    Sinon, il faut une certaine diversification pour éviter un gros pépin.

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