La gestion du risque selon Buffett

Publié le 3 mars 2009 par Philippe Rancourt
Catégories: Warren Buffett

Le plus célèbre homme d’affaire d’Omaha a publié en fin de semaine passée sa très attendue “Lettre aux actionnaires”. En l’espace de 22 pages, Warren Buffett nous démontre encore une fois toute l’étendue de son savoir en matière de finance et d’économie. La section de sa lettre où il traite de la gestion du risque et des produits dérivés a particulièrement retenu mon attention. À l’heure où les institutions financières semblent s’écrouler les unes après les autres, il est fort instructif de connaître comment le président de Berkshire Hathaway gère le risque. Voici donc quelques enseignements du vieux sage en la matière :

La cote FICO est bien insuffisante

La cote FICO mesure le risque de crédit que représente un individu. Son utilisation est tellement répandue qu’elle est pratiquement devenue la seule façon de mesurer le risque pour bien des institutions financières. C’est une des raisons de la crise actuelle car cette cote est une mesure bien incomplète du risque (elle ne tient pas compte du salaire d’un individu ou des actifs qu’il possède !!!). Buffett cite en exemple sa filiale Clayton Homes qui n’a que 3,6% de prêts en défaut alors que la moyenne des cotes FICO de ses clients est pourtant de 35% inférieure à la moyenne nationale. La méthode de Clayton Homes n’a vraiment rien de sorcier : elle vérifie la capacité de payer réelle d’un client avant de lui prêter! Après tout, une cote FICO élevée signifie seulement qu’un individu réussit à acquitter les soldes minimum sur ses différentes dettes. Il faut convenir que ce n’est pas un grand exploit, surtout en période de prospérité économique ! (mes salutations aux actionnaires d’American Express)

Faites-vous payer à l’avance et protégez-vous de votre contrepartie

Lorsqu’on achète un produit dérivé, on entre dans un contrat avec une contrepartie. Si cette contrepartie fait faillite, elle ne pourra évidemment pas honorer sa part du contrat et vous risquez de vous retrouver devant rien ! (mes salutations aux contreparties de Lehman Brothers) C’est un risque important dans le monde des produits dérivés. Buffett se protège en étant le vendeur du produit dérivé plutôt que l’acheteur. Les options de ventes sur l’indice S&P 500 qu’il a vendues en sont un bon exemple. Buffett encaisse ainsi une prime qu’il peut faire fructifier d’ici l’échéance du contrat et n’a pas à se soucier de la santé financière de sa contrepartie.

Refuser de mettre des actifs en garantie et ne payer qu’à la fin du contrat

Certains produits dérivés exigent que l’émetteur place des actifs en garantie en fonction de l’évolution de la valeur de l’actif sur lequel le produit dérivé est basé. Prenons l’exemple d’un produit dérivé valant 10 millions qui garantit que l’indice Boursier XYZ vaudra au minimum 1000 points dans 15 ans. Si l’indice vaut présentement 800 (-20%), l’émetteur devra placer 2 millions (20% de 10 millions) dans une fiducie pour garantir le produit dérivé, et ce, même si l’échéance est dans 15 ans et que l’indice XYZ a amplement le temps de rebondir d’ici là. Ces produits dérivés sont dangereux car ils peuvent affaiblir fortement les finances de l’emetteur si l’indice chute brutalement. C’est la situation dans laquelle se trouve présentement la société Manuvie (TSX - MFC) et qui explique la chute de son titre (mes salutations aux… ok, j’arrête, c’est pas drôle…) Warren Buffett évite généralement ce type de produit dérivé.

La lettre aux actionnaires de Berkshire Hathaway
Un article sur le problème avec les cotes FICO

Articles sur le même sujet:

  1. L’occasion manquée de Warren Buffett
  2. Excellents résultats pour Absolute Software
  3. TSO3 ou les dangers des petites capitalisations

Un commentaire sur “La gestion du risque selon Buffett”

  1. Anonymous a dit...

    Excellentes observations. Elles mettent bien en lumière la prudence de M. Buffett. Il a certes été surpris par plusieurs éléments, comme la baisse du prix du pétrole. Cependant, il s’arrange toujours pour que ses erreurs ne soient pas catastrophiques, particulièrement pour les produits dérivés où la moindre erreur peut être très coûteuse.

Commentaire: