Vie et mort d’un titre à forte croissance
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Les sociétés inscrites en Bourse qui obtiennent une forte croissance de leurs revenus et profits pendant de nombreuses années s’avèrent la plupart du temps d’excellents investissements. Détenir un seul de ces titres dans un portefeuille peut faire toute la différence entre un rendement médiocre et un rendement supérieur à la moyenne. Des titres comme Microsoft, Wal-Mart et Starbucks ont incroyablement enrichi leurs actionnaires au fil des années.
Les lecteurs réguliers de ce blogue auront remarqué que mon approche est axée sur la recherche de titres à fort potentiel de croissance. Découvrir et investir dans un titre de la sorte peut être très gratifiant mais il faut bien comprendre que la période de forte croissance du titre ne sera pas éternelle. Il est donc important de déterminer dans quelle phase de sa période de forte croissance se situe une société. Voici trois grandes phases que j’ai déterminées en me basant sur mes observations personnelles :
1. L’émergence
C’est la phase où la compagnie connaît ses premiers succès et le début de sa croissance spectaculaire. Malgré cela, le titre est encore peu connu et ne fait pas souvent l’objet d’articles dans la presse financière. Il s’agit évidemment du meilleur moment pour acheter le titre mais aussi celui ou le risque est le plus élevé. L’avenir semble très prometteur mais la société doit encore démontrer qu’elle a la capacité de maintenir un taux de croissance élevé pendant longtemps et que ses succès initiaux ne sont pas qu’un feu d’artifice éphémère.
2. La célébrité
Après plusieurs années de croissance spectaculaire, le titre est maintenant connu de tous et les médias financiers chantent ses louanges. La compagnie est très admirée et son ratio cours/bénéfices est proportionnel à cette admiration (i.e. très élevé). De nombreux investisseurs n’osent pas acheter le titre en raison de son évaluation boursière très riche. La société punit leur manque d’audace en continuant à livrer des résultats solides qui font monter le prix de son action à des niveaux encore jamais vus.
3. Le déclin
Curieusement, le ratio cours/bénéfices a diminué ces derniers temps et est maintenant plus en phase avec la croissance des dernières années (exemple: un ratio c/b de 25 pour une croissance de 25%). Plusieurs investisseurs y voient l’occasion d’investir dans une entreprise de très grande qualité à un prix enfin raisonnable. Malheureusement pour eux, la période de forte croissance de cette société tire à sa fin. Au cours des prochaines années, ils assisteront à une contraction continuelle du ratio cours/bénéfices du à l’effritement du taux de croissance. Pire encore, la société doit se dépêtrer avec une série de problèmes qu’elle avait négligée lors de sa fabuleuse expansion. Le prix de l’action stagne (dans le meilleur des cas) ou diminue fortement.
Bref, la phase “d’émergence” est toujours la plus payante mais aussi la plus risquée. La phase de célébrité est moins risquée car la société est solidement établie mais cette certitude a un prix. De plus, il y a toujours le risque que la compagnie soit à l’aube de sa phase de déclin. Le passage de la célébrité au déclin est souvent un peu flou. Le titre fait alors moins l’unanimité mais a toujours de nombreux admirateurs. Un indice de ce passage est que la société se lance dans des manoeuvres à court terme pour maintenir à tout prix la croissance de son bénéfice par action.
En conclusion, posséder pendant plusieurs années un titre à forte croissance est une expérience mémorable pour tout investisseur. Cependant, celui-ci ne doit pas s’endormir sur ses lauriers car cette croissance ne sera pas éternelle. Il lui faut continuer à surveiller l’entreprise étroitement et être à l’affût des premiers signes de déclin.
Joyeuses fêtes à tous mes lecteurs !
Philippe
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24 décembre 2008 à 14 h 30 min
Dans le contexte actuel, je pense qu’un titre comme celui de Google (GOOG) répondrait bien à vos critères de recherche.
Google est sûrement davantage à la phase de célébrité qu’à celle d’émergence, mais vu sa croissance exceptionnelle et sa dominance, j’estime qu’à près de 15 fois les profits anticipés de 2009, il s’agit d’un placement intéressant.
La société a un bilan impeccable et des dirigeants très alignés sur les intérêts des actionnaires. Il est évidemment difficile de prévoir où elle en sera dans 20 ans, mais j’ai l’impression que le climat actuel est plutôt de nature à favoriser une entreprise de cette trempe au détriment des plus faibles.
Disons donc que pour un horizon de cinq à dix ans, GOOG a probablement le potentiel pour doubler, voire tripler son cours sans que le ratio cours/bénéfice ne gonfle trop.
N.B. — Je ne possède pas présentement d’actions de Google, mais je songe sérieusement à en acheter prochainement.
25 décembre 2008 à 19 h 02 min
Je suis pas mal d’accord avec toi m1ax. Je suis actionnaire de Google depuis 2005 (je l’ai payé 300$, son prix actuel!)
La société devrait continuer sa domination même si la croissance va être moins forte que par le passé. Le PE est bas et ils pourraient améliorer encore beaucoup leur profitabilité en faisant le ménage dans leurs nombreuses initiatives…
Par contre, la “mégalomanie” da la haute direction m’inquiète un peu…
25 décembre 2008 à 20 h 00 min
Que veux-tu dire par “mégalomanie” ? Je suis un peu surpris. C’est vrai que leur entreprise a tellement de succès qu’il y a danger que cela leur monte à la tête. D’un autre côté, j’ai été heureux d’apprendre qu’ils avaient en très haute admiration Warren Buffett et sa façon de rendre compte aux actionnaires. Cela me donne à croire qu’ils sont soucieux de transparence et d’honnêteté. Enfin, je peux me tromper là-dessus…
En ce qui concerne les ratios, je pense qu’une société aussi dominante mérite une prime sur le reste du marché. Actuellement, il y en a une petite, mais si les marchés remontent je pense que le titre pourrait facilement afficher un ratio de 25 à 30 fois les bénéfices, pour autant que la compagnie soit en mesure d’accroître ses bénéfices de 15 à 20% pour les cinq prochaines années.
Je pense que cet objectif n’est pas déraisonnable, compte tenu de la relative jeunesse de cette compagnie et des gains qu’elle peut faire en parts de marché sur ses concurrents traditionnels (radio, télévision, etc.) au plan de la publicité, et cela sans compter l’apport de nouvelles initiatives sur les revenus.
Il ne faut pas oublier que Google est une entreprise “globale”. C’est dire que même malgré sa taille assez importante (près de 100 G$ de capitalisation), ses revenus ne sont encore que d’un peu plus de 20 G$. Quant on pense que ses produits trouvent preneur aux quatre coins de la planète, il y sans doute encore beaucoup de place pour l’amélioration.
La marge de profit à 24% est vraiment fantastique, mais j’ai l’impression que les dirigeants ont vraiment su ériger une large et profonde “douve” autour de l’entreprise, de sorte que ce niveau de profitabilité pourrait se maintenir encore longtemps et que nous pourrions en être encore qu’au début de cette dominance.
Un jour, qui sait, peut-être Google sera-t-elle forcée à plus d’humilité par les autorités anti-trust, un peu comme Microsoft il y a quelques années. D’ici cinq à dix ans, toutefois, et compte tenu que les gouvernements auront pour quelque temps bien d’autres chats à fouetter, j’ai l’impression que l’horizon s’ouvre tout à fait à elle.
En somme, je vois très bien Google atteindre dans un avenir pas si lointain (disons 10 ans) les 100 G$ de revenus. Si jamais cela devait se réaliser, j’imagine que ma prédiction de “triple-bagger” n’aurait aucun mal à se réaliser.
Bonne chance aux actionnaires de GOOG!
M.
27 décembre 2008 à 2 h 50 min
C’est vrai que mégalomanie est peut-être un peu péjoratif comme terme. Ce que je veux dire, c’est que la direction semble se passionner de plus en plus pour des choses qui ont peu avoir avec la base du modèle d’affaire de Google.
Il y eu des rumeurs sur le fait qu’Eric Schmidt irait rejoindre l’équipe d’Obama. Quant à Page et Brin, ils veulent maintenant résoudre les problèmes énergétiques de la planète.
Voir :
http://seekingalpha.com/article/61403-google-s-page-brin-and-brilliant-on-clean-energy-from-davos-08
ou
http://www.google.ca/intl/en/corporate/green/energy/index.html
J’ai donc un peu peur qu’il y ait un “manque de focus” dans la haute direction. Mais Google demeure une formidable machine à imprimer de l’argent et je partage ton analyse même si je trouve difficile de faire des prédictions sur 10 ans pour cette industrie.