Garda World ou les dangers de la croissance par acquisition

Publié le 7 décembre 2008 par Philippe Rancourt
Catégories: Scepticisme

Le titre de Garda World (TSX - GW) , une société de Montréal oeuvrant dans la sécurité, vient de connaître une déconfiture spectaculaire en Bourse passant de 18$ à 1$ au cours des six derniers mois. Les craintes quant à sa rentabilité et sa dette très élevée sont les principales causes de cet effondrement. La société fut pendant plusieurs années une vedette boursière affichant une croissance spectaculaire grâce à ses nombreuses acquisitions.

Selon moi, Garda World est l’exemple typique des dangers qui guettent une entreprise dont la croissance est basée presque uniquement sur les acquisitions. Les résultats à court terme d’une telle stratégie peuvent être impressionnants mais les risques sont élevés et la société peut s’écrouler comme un château de carte si la stratégie est mal exécutée.

Avant de s’aventurer dans une compagnie comme Garda World, l’investisseur devrait s’assurer que la société a réussi à intégrer avec succès ses acquisitions passées. La capacité de la direction à bien intégrer une acquisition est nettement plus importante que sa capacité à conclure des “deals“. Par expérience, j’ai remarqué que les meilleurs “intégrateurs” sont des compagnies déjà très bien gérées qui réussissent à transposer la qualité de leur gestion dans les sociétés qu’elles achètent. La compagnie achetée ne fait pas qu’ajouter ses revenus et profits à ceux de l’acheteur mais devient aussi plus efficace et plus rentable à son contact. Quincaillerie Richelieu et Alimentation Couche-Tard sont de bons exemples de compagnies qui intègrent bien leurs acquisitions. Par ailleurs, une société qui multiplie les acquisitions risque de négliger la gestion et l’optimisation des ses opérations courantes.

L’investisseur devrait aussi s’interroger sur les raisons qui poussent les propriétaires des compagnies achetées à vendre leur société. Le vendeur a presque toujours un avantage sur l’acheteur car il gère sa compagnie depuis de nombreuses années et connaît bien mieux que l’acheteur les forces et faiblesses de celle-ci. C’est pourquoi de nombreux “vices cachés” ne sont découverts par l’acheteur qu’après la conclusion de la transaction…

Le vendeur connaît aussi très bien les cycles économiques dans son domaine d’activité. Il va donc être plus enclin à vendre son entreprise quand les conditions économiques de son secteur sont les plus favorables afin d’en obtenir le meilleur prix possible. Par exemple, le propriétaire d’une entreprise de sécurité aurait pu vouloir profiter du contexte favorable des années suivant le 11 septembre 2001 pour se départir de sa compagnie. Il ne lui suffisait plus qu’à trouver un entrepreneur ambitieux bien appuyé par des banquiers et de lui vendre sa société à fort prix.

Un autre danger des acquisitions concerne les sociétés qui ont toujours cru de façon organique mais qui désirent maintenant réaliser une grosse acquisition afin de passer “à une autre étape”. La direction n’ayant aucune expérience en la matière, les risques d’échecs sont encore plus importants. Le fiasco de l’achat de Rose Art par la société québécoise Mega Brands est un bon exemple de cette situation.

En conclusion, je crois qu’il vaut mieux (règle générale) favoriser les sociétés ayant un fort potentiel de croissance organique plutôt que celle misant sur les acquisitions pour croître.

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8 commentaires sur “Garda World ou les dangers de la croissance par acquisition”

  1. Anonymous a dit...

    Bonjour Philippe,

    Les acquisitions représentent souvent un danger, mais la dette l’est toujours (comparativement à ‘’souvent”). Avec autant de dettes, Garda n’avait plus de marge de manoeuvre.

    Même le plus grand des cerveaux de cette terre peut échouer si le levier est trop prononcé. Il est impossible de tout prévoir. Il faut donc minimiser les risques par le biais d’un bilan conservateur. Qu’en penses-tu?

  2. Philippe Rancourt a dit...

    Bonjour,

    La dette de Garda provient de ses acquisitions. Elle est donc davantage un symptôme de la maladie que la cause.

    La cause profonde des problèmes de Garda selon moi, c’est sa stratégie très agressive (et peut-être mal exécutée) de croissance par acquisition. La dette trop lourde est un résultat de cette stratégie.

  3. Anonymous a dit...

    Pensez-vous qu’on devrait déposer surtout des titres spculatifs dans un CÉLI? Ets-ce une bonne idee? le site http://www.celi.ca a l’air de dire que c’est pas pour les CPG.

  4. Philippe Rancourt a dit...

    Bonne question… Je dirais que c’est un couteau à double tranchant. D’un côté, si vous frappez un coup de circuit, vos énormes profits seront totalement libre d’impôt ! De l’autre, si vous perdez la majorité de votre investissement, vous n’aurez même pas la consolation de déclarer une perte fiscale pour annuler de l’impôt sur des gains passés ou futurs.

    Ça dépend donc jusqu’à quel point vous tenez à vos pertes fiscales potentielles.

    J’aurais tendance à dire que c’est la place pour les titres à gros potentiel mais je ne suis vraiment pas un expert en finance personnelle…

  5. Serge Turgeon a dit...

    Le Céli, je dirais que c’est la place pour les titres à revenu. Que ce soit les obligations, puisque l’intérêt est imposable à 100%(contre 50% pour le gain de capital). Ou, les titres avec un bon dividendes: on perd le crédit d’impôt sur dividende mais, au bout du compte on sauve de l’impôt quand même.

    Oui, le montant en dividende est généralement plus petit que le gain en capital. Mais, si on suit la stratégie buy-and-hold, tout ce qu’on devrait encaisser ce sont des dividendes et non des gains de capital(et souhaitons le, encore moins des pertes).

    Aussi, je crois qu’il vaut mieux épargner quelques dollars en impôt sur dividende ou intérêt aujourd’hui que de l’impôt sur un éventuel gain en capital dans x années.

    évidemment, chacun a sa stratégie fiscale et financiere…

    en passant, j’adore lire ce blogue.

  6. Philippe Rancourt a dit...

    Merci Serge pour votre commentaire.

  7. m1ax a dit...

    Une autre compagnie dont la dette est très élevée, c’est Quebecor. C’est plus de trois fois l’équité, si je ne me trompe.

    Les comparables, Rogers, Shaw, Cogeco Câble ou Comcast (USA), ont des ratios assez élevés aussi (plus de une fois pour RCI et Shaw, moins que un pour les deux autres), ce qui est acceptable semble-t-il pour des entreprises dont une bonne partie ds revenus sont récurrents.

    Quand même. J’aimerais votre opinion là-dessus, surtout quand on sait ce qui est arrivé avec Quebecor World, qui a aussi souffert de son endettement excessif.

    M.

  8. Philippe Rancourt a dit...

    Je n’ai jamais vraiment étudié à fond les compagnies de cablo-distributions. Ce sont des sociétés qui doivent investir des sommes énormes pour se bâtir des réseaux de câbles ou de téléphonie cellulaire. Leurs dettes proviennent moins des acquisitions que de leurs fortes dépenses de capital.

    Je préfère les sociétés qui peuvent croître sans gros investissement en capital et je concentre ma recherche sur ce type de société.

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