La chute du roi Midas

Publié le 13 juillet 2008 par Philippe Rancourt
Catégories: Réflexions

Pendant 15 années consécutives, le célèbre gestionnaire Bill Miller a terminé l’année en surpassant le rendement de l’indice S&P 500. Cette spectaculaire séquence qui a fait sa renommée a pris fin il y a deux ans. Depuis, ses résultats sont plutôt misérables ! Son fonds Legg Mason Value Trust a perdu près de 40% de sa valeur au cours des 12 derniers mois et se classe maintenant bon dernier selon Morningstar pour son rendement sur 3 et 5 ans. Le roi Midas de l’investissement aurait-il perdu sa touche magique ?

Plusieurs observateurs pensent que oui et se demandent même ouvertement si ses résultats passés n’étaient pas simplement le fruit du hasard. De son propre aveu, Bill Miller a sous-estimé l’ampleur de la crise du crédit. Il a investi dans plusieurs titres financiers qui se sont littéralement effondrés. Voici quelques-uns de ses investissements qui ont mal tourné : CountryWide Financial, Bear Stearns, Freddie Mac, Ambac Financial, Wachovia, Merryl Lynch, AIG, Citigroup

Comment un investisseur aussi brillant peut-il se tromper à ce point ? Bien entendu, Miller a une vision à long terme et mise probablement sur un rebond des titres financiers au cours des prochaines années pour éponger ses pertes. Il est par contre beaucoup plus facile pour un gestionnaire de fonds d’avoir une vision à long terme lorsque tout va bien et que ses résultats sont bons. Lorsque que ça va mal, les clients retirent massivement leur argent du fonds et forcent le gestionnaire à vendre des titres à un moment peu approprié, causant ainsi des dommages importants à ses résultats à long terme.

D’après moi, la mauvaise évaluation qu’a fait Bill Miller de la crise du crédit et des titres financiers américains illustre une des erreurs psychologiques parmi les plus difficiles à éviter : le syndrome du roi Midas. Lorsqu’on a eu du succès en bourse pendant une certaine période de temps, il est très (trop) facile de penser qu’on est un investisseur supérieur à la moyenne et, qu’à l’image d’un certain roi grec, tout ce que l’on touche va se transformer en or ! On développe alors un excès de confiance en son jugement et on manque d’humilité face à la grande complexité du marché boursier et des nombreuses entreprises qui le composent. Tôt ou tard, la réalité nous rattrape…

Alors, où tracer la ligne entre une saine confiance en soi et l’excès de confiance ? Entre une indépendance d’esprit salutaire et l’entêtement aveugle ? Difficile à dire. Il faut demeurer introspectif, honnête vis-à-vis soi-même et humble face à l’immensité des choses qu’on ne connaît pas. C’est beaucoup plus facile à écrire qu’à faire… Après tout, le succès est un aphrodisiaque puissant !

Les choix de titres de Bill Miller sur GuruFocus
Une entrevue de Bill Miller sur Morningstar.com

Articles sur le même sujet:

  1. Google, eBay, Bill Miller et les ratios c/b élevés
  2. Frapper l’imagination
  3. Suivre la tendance

Commentaire: