L’usine aux milliards

Publié le 1 juillet 2008 par Philippe Rancourt
Catégories: Scepticisme

Il était une fois, à quelques 150km au nord-est de Montréal, une petite ville appelée Bécancour qui cachait dans son parc industriel une usine fabuleuse. Véritable version contemporaine de la poule aux oeufs d’or, cette usine appartenait à la société torontoise Timminco (TIM - TSX). Les marchés boursiers, impressionnés par ses promesses de richesses futures, lui accordaient une valeur de près de 3 milliards de dollars canadiens.

Mais pourquoi toute cette excitation pour cette humble usine ? Était-elle capable de réaliser le vieux rêve des alchimistes de transformer le plomb en or ? Presque ! Silicium Bécancour (c’était son nom) possédait un procédé secret et révolutionnaire lui permettant de produire du silicium hautement raffiné à des coûts nettement plus bas que ses compétiteurs. Ce précieux métal dans sa version hautement raffinée était l’ingrédient de base des panneaux solaires (une technologie que les humains de cette époque, exaspérés par les hausses du prix du pétrole, cherchaient à développer) .

En l’espace d’un an et demi, le cours de son action était passé de 0,50$ à 28$, procurant un rendement fabuleux digne du volatile de Jean de La Fontaine. Pourtant, les doutes assaillaient certains investisseurs… Comment était-ce possible ? Comment cette petite usine avec un budget de r&d minime (environ 1 million) avait pu réussir là où les grands joueurs de l’industrie et leurs centaines de millions de r&d avaient échoué ? Allait-elle être capable de livrer la marchandise et de générer les plantureux profits que ses actionnaires attendaient ? Après tout, la société n’avait toujours pas réalisé de profits et il fallait se fier aux belles paroles de sa direction…

Timminco était alors dirigé par un homme provenant d’une contrée lointaine (l’Allemagne) se prénommant Heinz C. Schimmelbusch. Celui-ci n’hésitait pas à poursuivre tous ceux qui osaient mettre en doute la valeur du procédé secret de son entreprise. Les anciens disaient de lui qu’il avait été impliqué dans le scandale entourant la quasi-faillite du géant allemand Metallgesellschaft en l’an de grâce 1993 et que certains habitants de cette contrée le considéraient toujours comme un mécréant.

Fallait-il investir dans Timminco et son procédé miracle ? À cette époque, plusieurs investisseurs se posaient la question…

Et c’est alors, que, confronté à une histoire aussi incroyable, un petit investisseur (et blogueur à ses heures) décida d’écouter son instinct qui lui disait que ce type d’aventure n’était pas pour lui…

Un des excellents articles du journaliste Lee Webb du site Stockwatch sur Timminco

Un article du New York Times sur le passé trouble de Heinz C. Schimmelbusch

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