S’acheter une ferme à Omaha

Publié le 6 mai 2008 par Philippe Rancourt
Catégories: Scepticisme, Warren Buffett

La petite ville américaine d’Omaha fut une nouvelle fois le théâtre de l’assemblée annuelle des actionnaires de Berkshire Hathaway en fin de semaine passée. On estime que près de 30 000 personnes ont participé cette année à ce “Woodstock du capitalisme” où les substances hallucinogènes ont laissé la place aux “See’s candies” et où la fougue des Jimi Hendrix et Janis Joplin est aisément égalé par l’incroyable vigueur d’un Charlie Munger

À chaque année, le cirque médiatique autour de l’événement semble s’amplifier et le nombre de participants va bientôt dépasser la capacité d’accueil de la petite ville d’Omaha (pop. 400 000). Les pèlerins s’y massent pour entendre le légendaire investisseur (et oracle dans ses temps libres) Warren Buffett prodiguer sa sagesse sur une foule de sujets touchant principalement la bourse et l’économie.

J’avoue avoir un peu de mal à comprendre tout ce cirque. Est-ce que le pèlerinage au Nebraska est devenu un passage obligé pour démontrer sa sophistication en matière d’investissement ? Ou est-ce un désire sincère de s’améliorer comme investisseur qui motivent les gens à venir écouter Buffett ? Dans ce cas, est-ce que les gens comprennent vraiment sa philosophie d’investissement et surtout ce qu’elle implique comme travail ?

De la même façon qu’écouter une entrevue de Roger Federer n’améliorera pas d’un iota mon jeu au tennis, je ne crois pas que m’abreuver aux paroles de Buffett est suffisant pour améliorer mes performances en bourse. Ce sont les milliers d’heures de pratique qui font les champions, au tennis comme à la bourse… Il n’y aura jamais de phrase magique, fut-elle tombée des lèvres de l’oracle, pour offrir un raccourci vers le succès.

Encore plus étrange, la popularité de l’événement semble inversement proportionnelle à la popularité du style d’investissement pratiqué par Buffett et Munger ! Selon moi, le culte de la célébrité, de l’argent et la fascination pour “l’homme le plus riche” explique davantage cette popularité qu’un intérêt réel pour son approche de l’investissement. Car lorsque Buffett achète Shaw Carpet, c’est qu’il a étudié en profondeur l’industrie du tapis. Combien, parmi les 30 000 participants à l’assemblée, sont vraiment prêt à se renseigner sur les moindres détails d’un fabriquant de moquette ?

“Acheter des actions en bourse n’est pas un processus différent qu’acheter une ferme à Omaha” est probablement la phrase clé de cette dernière assemblée. Investir comme Buffett, c’est avant tout comprendre en profondeur une variété d’entreprises et évaluer correctement leurs perspectives d’avenir. L’idée est simple mais la somme de travail pour y parvenir est importante et demande une forte dose de curiosité intellectuelle !

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Un commentaire sur “S’acheter une ferme à Omaha”

  1. Anonymous a dit...

    En effet, aller à cette assemblée ne transformera pas un mauvais investisseur en bon investisseur. Buffett est devenu un attrait touristique. Les hôteliers d’Omaha ne s’en plaignent pas.
    Outre la réunion, il y a les boissons alcoolisées et les repas gratuits (fournis par Berkshire) chez Borsheims, ainsi que Bill Gates qui joue au bridge. Ce qui se passe avant et après la réunion est plus intéressant. Et ça dure en tout 3 jours, si on compte les activités du vendredi soir (vendredi au dimanche). C’est l’occasion pour les gens de rencontrer des gens d’affaires, et donc, de potentiellement gagner des clients si le territoire géographique n’est pas une limite.
    Pour ma part, j’aime bien me retrouver dans un milieu où je n’entends plus les éternels discours souverrainistes et socialistes auxquels on est si souvent exposé au Québec.

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