L’action de Potash est-elle trop chère ?
Publié le 6 février 2010 par Philippe RancourtCatégories: Non classé
L’évaluation d’un titre cyclique est une discipline bien différente de l’évaluation d’un titre non cyclique. Nous avons pu lire récemment dans les médias financiers (entre autres ici) que le titre de la société Potash (POT - TSX) était clairement trop cher. Cette compagnie canadienne est le plus important producteur de potasse au monde (la potasse est un composant de base des engrais). L’action de Potash serait donc trop chère en raison de son ratio cours/bénéfice de 20, un ratio supposément trop élevé pour un titre cyclique. Je ne suis pas un expert dans le domaine, mais je doute que l’équation “ratio c/b élevé = titre cher” soit vraiment la bonne méthode pour évaluer un producteur de matières premières comme Potash.
Remontons le temps. À la fin de l’année 2004, le titre de Potash se négociait à 30 fois les profits, le titre était donc très cher selon la théorie citée plus haut. Pourtant, l’action valait alors 27$ et était à l’aube d’une poussée qui allait la mener à un sommet de 230$ en juin 2008. À ce moment, le ratio c/b du titre était redescendu à 20. Sur cette base, le titre était donc moins dispendieux qu’en 2004, et ce, malgré la multiplication par 9 de sa capitalisation boursière ! La plupart des gens trouveront complètement illogique qu’un titre puisse être considéré “moins dispendieux” après avoir décuplé de la sorte et ils ont bien raison ! En fait, le ratio c/b est un bien piètre outil pour évaluer un titre cyclique comme Potash.
Les producteurs de matières premières sont des titres cycliques, car leur bénéfices suivent le cycle du prix des matières premières. Règle générale, les ratios c/b auront tendance à être élevés au creux du cycle, car le marché anticipe une forte hausse du prix de la matière première et du bénéfice du producteur. À l’inverse, les ratios seront bas au sommet du cycle, car les investisseurs n’accordent pas un fort multiple à des profits qui risquent de décliner dans les prochaines années. Pour faire de l’argent, il faut donc acheter au creux du cycle (peu importe le ratio c/b) et vendre au sommet (à un ratio c/b généralement bas).
Le défi posé par ce type d’investissement est évidemment de déterminer dans quel point du cycle nous nous situons présentement. Pour cela, il faut bien comprendre les mécanismes régissant l’offre (facilité d’augmenter la production, d’ajouter de nouvelles mines, etc.) et la demande (qui sont les consommateurs?, quel est leur situation financière ?, etc.) pour la ressource. Il faut aussi connaître l’historique du prix de la ressource. Dans le cas de la potasse, les prix furent longtemps déprimés en raison de l’effondrement de la consommation en ex-URSS (suite à l’éclatement du pays). Cette situation créa un excès de l’offre qui prit plus d’une décennie avant d’être absorbé par le marché.
Bref, il est futile de tenter d’évaluer un titre cyclique si on n’a aucune idée de la position actuelle du prix de la ressource dans le cycle. Et bien comprendre ce fameux cycle demande une expertise pointue qui n’est pas à la portée du premier venu. Dans le cas de Potash, le titre n’est pas si cher si on est au creux du cycle, mais c’est une autre histoire si on est au milieu… Il y a aussi une théorie à la mode qui veut que nous soyons présentement dans un “supercycle” haussier pour tout ce qui touche à l’agriculture. Cela est peut-être vrai comme cela peut être la version agroalimentaire de la théorie du “Peak oil” ! L’avenir nous le dira…

